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Temps pascal

  • "L’Esprit Saint et nous..." : Fête de la Pentecôte - 15 mai 2005

L’événement de la Pentecôte est inséparable de celui de l’Ascension ; c’est en quelque sorte son autre face. Dans un même mouvement, Jésus est exalté à la droite du Père pour recevoir l’Esprit de la promesse, et il le répand sur la communauté messianique. Dès les temps apostoliques et jusqu’au IVe siècle, on commémorait l’Ascension sur le mont des Oliviers l’après-midi du jour de la Pentecôte, unissant dans une même célébration la montée au ciel de Jésus et l’effusion de l’Esprit Saint.
L’événement de la Pentecôte est décrit, dans les Actes des Apôtres, comme une théophanie : vent et feu sont les signes de la manifestation de Dieu. Il s’agit, en fait, de la venue de l’Esprit de sainteté sur les croyants ; Il les "remplit" et les rend aptes à témoigner. C’est le commencement du service de la Parole (2, 4) qui prolonge la mission prophétique de Jésus lui-même. La parole des Apôtres s’adresse à tous : une puissance prodigieuse adapte cette parole à chaque auditeur, à chaque culture. Les auditeurs sont stupéfaits et étonnés, "remplis de confusion", comme les constructeurs de la tour de Babel le furent. Mais alors que dans l’épisode de la tour de Babel, l’orgueil des hommes avait causé la diversité des langues, ici l’Esprit Saint donne aux témoins de rejoindre les hommes dans la diversité de leur langage.
Pour chacun d’entre nous c’est l’invitation au témoignage dans l’humble reconnaissance que c’est un Autre qui agit en nous et par nous... mais pas sans nous ! Collaboration que les Actes traduisent en disant : "L’Esprit Saint et nous...". Tout se joue d’abord dans notre propre cœur, lieu de l’affrontement entre l’Esprit Saint et l’Adversaire, où nous demeurons libres de consentir à Jésus ou aux forces du mal.

  • Libérer l’amour... : 7° dimanche de Pâques - 8 mai 2005

Jésus, vrai homme, lève les yeux au ciel et prie : "Père... Glorifie ton fils". Ainsi s’exprime l’amour du Père pour le Fils, comme le Fils a exprimé le projet du Père dans l’histoire des hommes. Il a fait connaître le Père, seul vrai Dieu, source de tout don. Le Père lui a fait le don le plus grand qu’il pouvait lui faire : Il lui a donné les hommes. Les hommes ont gardé fidèlement la parole du Père ; autrement dit, ils sont restés enracinés en Christ, le Verbe de Dieu. Ils ont "reçu" la parole -c’est la dimension de la foi- et ils ont "reconnu" -c’est la dimension de l’amour. Ainsi l’homme est capacité de foi et capacité d’amour.
Pourtant il n’agit pas toujours dans l’amour, la vérité, la bonté. Pour que Dieu apparaisse dans la vie d’un homme, il lui faut faire un travail sur lui-même. Il lui faut passer du "monde" au Père et c’est un travail de purification des sens pour ôter en lui ce qui est jalousie, vengeance, paresse, égoïsme... L’amour n’est pas produit par l’homme : c’est ce que Dieu lui a donné pour aller vers Lui. L’homme alors doit libérer l’amour.
L’appel est pour nous, si vraiment nous voulons vraiment expérimenter Dieu, prendre conscience que notre vie est histoire du salut. Il faut ôter tout ce qui empêche l’amour, sinon l’opacité de notre être empêche que Dieu apparaisse. Le mystère de la Trinité s’exprime à travers nous, lorsque nous nous sentons surgir du Père, identifié avec le Fils, mû par l’Esprit. L’enjeu est de taille  : libérer la vie divine en nous, vivre notre histoire et toujours revenir à Dieu pour continuer à vivre dans le monde ; libérer l’amour, qui me ramène au centre de moi-même, à l’intime plus intime que moi-même, où Dieu a sa demeure...

  • L’intelligence illuminée par la foi, la volonté illuminée par l’amour  : 6° dimanche de Pâques - 1er mai 2005

Dans l’Evangile du dimanche précédent (ce sont les versets qui précèdent ce passage), Jésus invitait ses disciples à la foi. Aujourd’hui l’accent est mis sur l’amour. Foi et amour dans la fidélité au Christ, voilà ce qui est demandé aux disciples. Croire pour ne pas se laisser troubler, ébranler par les événements, aimer pour ne pas se laisser porter simplement par ses propres inclinations. A l’agir du disciple : aimer et rester fidèles aux commandements correspond l’agir de Jésus : prier le Père, qui donne l’Esprit. L’Esprit est don du Père aux disciples en réponse à la demande de Jésus ; il est pour "être avec" eux ; et cela définitivement, "pour toujours". Il est qualifié à la fois comme "un autre défenseur" et comme "Esprit de vérité". Ainsi il continue l’œuvre de Jésus, les disciples ne sont pas orphelins.
Là encore l’invitation est celle de retrouver le chemin de retour au cœur : au profond de nous-mêmes l’Esprit continue de nous dévoiler l’intimité du Père à laquelle nous sommes appelés ; au profond de nous-mêmes, il soutient nos efforts et nos combats pour l’amour. Dans l’Esprit et à travers Jésus, le Père nous fait comprendre notre filiation. Etre enfant du Père est la vérité de notre être ; voilà pourquoi Jésus nous invite à recevoir à l’intime de nous-mêmes l’Esprit qui fait de nous des Fils, nous rend semblable à lui. S’accueillir comme don de Dieu, c’est là le consentement auquel nous sommes appelés pour entrer dans la vie trinitaire. Saint Augustin rappelait cette invitation du Christ à passer de l’extériorité à l’intériorité, à revenir au cœur, au centre de notre être, où l’intelligence et la volonté se rejoignent ; l’intelligence illuminée par la foi, la volonté illuminée par l’amour.

  • L’homme est un pèlerin à la recherche de son cœur : 5° dimanche de Pâques - 24 avril 2005

"Ne soyez donc pas bouleversés...", ce sont les premières paroles que, dans l’Evangile de ce jour, Jésus adresse à ses disciples, une invitation à ne pas se laisser troubler le cœur. Or, parce qu’ils connaissent les textes du prophète Isaïe, les disciples savent bien que la peur est à l’incrédulité ce que la paix est à la foi. D’ailleurs Jésus poursuit en demandant : "vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi". Jésus désire réconforter ses disciples en se révélant médiateur, alliance, passage vers le Père.
Jésus est transparent du Père, mais il est révélateur aussi de la vocation humaine. Jésus précise qu’il est le chemin ; il ne dit pas : je vous montre le chemin, mais il révèle qu’il est le chemin. Il est le chemin parce qu’il est la vérité et donc la vie. Comme homme, Jésus est le chemin qui mène à la Vérité et à la Vie de Dieu. Qui le voit, voit le Père ; qui l’entend entend le Père. Ce n’est pas pour lui-même que Jésus vit, mais pour qu’à travers lui, le Père se communique et agisse en faveur des hommes. Là, il faut bien l’entendre, la grandeur de l’homme est révélée : "Oui, vraiment, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père". Celui qui se fie à Jésus, qui marche sur ses traces, qui accepte d’assumer la même attitude filiale que lui, deviendra à son tour transparent du Père. Les œuvres du Père seront visibles en lui.
Il y a pour nous une invitation à revenir au cœur, ce lieu où Dieu nous rejoint, nous tient en vie, nous "travaille". Dieu sans cesse agit en nous comme Créateur et Père. Retrouver le chemin de retour au cœur : voilà notre responsabilité. Nous sommes des pèlerins à la recherche de notre cœur.

  • ...pour que les hommes aient la vie... : 4° dimanche de Pâques - 17 avril 2005

Dans l’Evangile de Jean, Jésus adresse aux pharisiens une parabole, un discours assez énigmatique, où il est question de pasteur et de brebis. Le pasteur véritable, décrit par Jésus, entre par la porte, sans dissimulation. Il connaît ses brebis, les appelle chacune par son nom : pour lui chacune est unique, chacune est l’objet de ses soins. Il les fait sortir, comme Moïse déjà avait fait sortir le peuple de l’Egypte, lui qui aussi était pasteur. " Faire sortir " dit un acte de libération, de délivrance. Quant aux brebis elles écoutent la voix du pasteur et elles suivent  : écoute et obéissance, comme de bons disciples !
Dans l’Ancien Testament, le prophète, le roi sont décrits sous cette figure du pasteur, et au-delà de ces médiations lui-même Dieu apparaît comme pasteur de son peuple. "Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien", nous fait prier le psaume 22. C’est pourquoi pour s’expliquer Jésus s’applique à lui-même le symbole du pasteur et conjointement celui de la porte. Il est la porte : celui par qui on peut aller au Père ; il est pasteur : celui qui prend soin des brebis. Et que gagne donc l’homme qui écoute sa voix et entre en passant par lui ? Il est sauvé, c’est-à-dire d’une part, il peut entrer et sortir en toute liberté -il est rendu libre-, d’autre part, il trouve un pâturage, c’est-à-dire un lieu de repos, de stabilité. Le don qui lui est fait est la vie en abondance. Mais ce don ne s’impose pas : à lui de choisir s’il écoute ou s’il se ferme, s’il entre ou s’il sort... L’Amour appelle et peut conduire sur des voies imprévues. Il se dévoile comme une interrogation incessante et une proposition de vie. Ecouterons-nous et nous mettrons-nous à sa suite ?

  • Un processus de transformation : 3° dimanche de Pâques - 10 avril 2005

Les Evangiles ne décrivent jamais le moment de la Résurrection. Ils parlent plutôt des apparitions de Jésus Ressuscité, c’est-à-dire, au fond, du moment où les disciples découvrent que l’histoire ne s’est pas terminée quand la pierre a scellé le tombeau où est enterré le corps du Crucifié. C’est pourquoi, le récit des disciples d’Emmaüs suit un modèle classique de la littérature antique, mis en évidence par le philosophe Aristote : il décrit un processus de transformation, à la fois un changement de situation et un changement de connaissance. En effet, ce récit décrit un passage du malheur au bonheur : au début, les disciples sont " tristes " ou " sombres " (v. 17), puisque leur espérance a été anéantie par la mort de Jésus (v. 21). En finale, en revanche, ils découvrent que leur cœur brûlait (v. 32) et ils retournent tout heureux à Jérusalem pour annoncer la nouvelle à leurs compagnons (v. 33). Le récit décrit aussi un passage de l’ignorance à la connaissance : dans les premiers versets, les disciples marchent avec Jésus sans savoir qui il est, car leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître (v. 16) ; et le récit arrive à la conclusion quand ils ouvrent les yeux et reconnaissent le Ressuscité à la fraction du pain (v. 31). Le moment de la reconnaissance coïncide avec le passage du malheur au bonheur. Les disciples retrouvent la joie de vivre quand ils reconnaissent le Ressuscité.
Jésus accompagne donc les deux disciples, les interroge pour reconnaître leur état d’âme, ensuite il explique les Ecritures et partage le pain avec eux. A la fin du récit, ces disciples sont de nouveau convaincus que Jésus les accompagne sur tous les chemins de ce monde. Il est désormais présent, comme auparavant, dans les préoccupations de chacun et l’attention aux compagnons de route, dans la lecture et l’interprétation des Ecritures et dans la fraction du pain. Ce sont les lieux où le Christ est vivant, présent et agissant et c’est, pour nous, là aussi qu’il faut le chercher.

  • Thomas, dont le nom signifie "jumeau", un frère inattendu... : 2° dimanche de Pâques - 3 avril 2005

L’Evangile met en scène Thomas, dont le nom signifie " jumeau ". Or, nulle part le narrateur ne précise le nom de ce jumeau, ni ne le montre présent auprès de son frère. S’il n’a pas de nom concret, le jumeau pourrait porter n’importe quel nom. Et pourquoi pas celui du lecteur de l’Evangile que nous sommes ?! Qu’a donc à nous révéler ce frère inattendu ?
Le récit raconte que Thomas n’est pas là lorsque Jésus vient au milieu de ses compagnons, enfermés par peur, murés dans les ténèbres de leur incompréhension. A la crainte liée à leur incrédulité, Jésus oppose la paix liée à la foi. "Si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas", disait déjà le prophète Isaïe pour inviter à une confiance absolue en Dieu (7, 9). Jésus leur montre ses mains et son côté, les plaies du crucifié. C’est par la mort qu’il a vaincu la mort, non pas en étant épargné. Ce qu’ils prenaient pour un échec n’est pas le dernier mot. Il faut discerner autrement l’événement de la crucifixion. Les disciples croient.
Alors ils racontent à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur. Mais Thomas ne veut pas simplement entendre la bonne nouvelle, il veut voir et plus encore il veut toucher, s’assurer que le Ressuscité est clairement identifiable avec le Crucifié. Jésus accède complètement à sa requête, tout en le mettant en garde : "ne deviens pas incrédule, mais croyant". La foi à laquelle Thomas est appelé va bien au delà du toucher, de ce sur quoi on peut avoir une certaine maîtrise. "Mon Seigneur et mon Dieu !", s’écrie-t-il alors transformé par la rencontre libérante avec Jésus. N’est-ce pas à cette confiance en la présence amoureuse et transfiguratrice du Ressuscité, à la persévérance de la foi, que nous sommes appelés même quand nous sommes dans le noir ou quand la vie nous éprouve ? En raison de la promesse de Dieu, de sa Parole, tout ce qui nous agite, nous trouble ou nous rétrécit n’est rien. Dans la foi au Christ, qui de la mort a fait une métamorphose, nous sommes invités à ne plus craindre : en tout " nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés " (Rm 8, 37).

  • Invités à la foi et à l’amour : Dimanche de Pâques - 27 mars 2005

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient au tombeau où on a déposé celui qu’elle a aimé et qu’elle croit mort. Il fait encore sombre : pour elle le jour n’est pas encore levé, la lumière n’est pas encore faite sur ce qui est en train de se passer. Elle vient et voit - premier indice d’un événement inattendu - la pierre enlevée du tombeau. L’espace clos du tombeau est ouvert sur le monde, mais Marie, comme nous l’apprendrons dans les paroles qu’elle adressera aux disciples ne voit que l’absence du corps. Elle cherche un corps, elle ne sait pas encore que son espérance est autre, bien qu’elle appelle Jésus "mon Seigneur", un titre qui annonce le Ressuscité.
Les disciples qu’elle a prévenus sortent, courent jusqu’au tombeau et y entrent. Ils sortent de leur repli sur soi et entrent dans le tombeau vide, où il n’y a rien à voir que les linges laissés là. La présence des linges souligne encore plus l’absence du corps. Les disciples qui ont écouté Marie sont venus voir le lieu où n’est plus Jésus. Mais le disciple bien-aimé, "l’autre disciple", voit l’absence de Jésus et croit qu’elle n’est pas contraire à sa présence. Il comprend sans doute aussi que l’amour ne disparaît pas, qu’il se vit autrement. C’est à la même foi en la présence invisible mais agissante du Christ que nous sommes appelés. La figure de ce disciple, le seul à ne pas être nommé - ce qui ouvre une identité possible à l’auditeur de l’Evangile -, nous invite à la foi et à l’amour. Le maître de la vie est amoureusement présent en notre histoire, telle est notre espérance...

© Sr Sophie Ramond, r.a.
Communauté de Lübeck

01/12/2004
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