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Temps ordinaire

- 7e dimanche du temps ordinaire : 18 février 2007 : Non-violence et pardon
Le premier livre de Samuel nous raconte comment David traqué par Saül, plutôt que de fuir, prend l’initiative d’entrer dans le camp du roi. Abishaï, qui l’accompagne, pense pouvoir venger son maître en clouant Saül au sol avec sa lance. Mais David refuse d’attenter à la vie du roi et affirme que c’est le Seigneur qui le frappera en son temps. David prend la lance et la cruche d’eau au chevet de Saül, sans que personne ne s’en aperçoive car le Seigneur a fait tomber sur le camp de Saül un sommeil mystérieux et providentiel. Sorti du camp David s’adresse à Saül et il lui restitue sa lance, refusant de garder en son pouvoir l’arme de guerre. Il manifeste ainsi sa volonté de ne pas combattre son rival par les armes, mais avec l’aide du Seigneur, qui le protègera de toute culpabilité. En réalité, David est venu dans le camp pour désarmer moralement Saül, c’est-à-dire pour l’entraîner dans une logique non-violente. Et c’est pour que cette leçon de non-violence porte auprès de Saül qu’il accepte de se montrer vulnérable, désarmé. La leçon ne vaudrait-elle pas pour le lecteur aussi ?
Mais au fond, n’est-ce pas à une même attitude de non-violence que nous exhorte Jésus ? La violence appelant la violence, il appelle à rompre cette réaction en chaîne. Suffit-il, cependant, face à l’injustice, de ne pas en rajouter ? Les paroles de Jésus invite à bien plus de radicalité et de vulnérabilité... Pour aimer comme le Père aime, il faut encore accepter de supporter les conséquences de l’injustice, de rompre avec une logique qui réponde au mal par le mal, pour lui substituer une logique du don. C’est pourquoi, au terme de son exhortation, Jésus convie au pardon. Le pardon est le renoncement à exercer sa puissance ; il est la seule réaction qui ne se borne pas à réagir et qui, d’une certaine manière, consente à ce que Dieu seul soit juge de nos actes...
Alors, comme nous y invite saint Paul, soyons à l’image de celui qui vient du ciel, lui qui est mort pour nous, sans répondre au mal subi par la violence et dont une des dernières parole a été : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font” (Lc 23, 33). En restant solidaire jusqu’au bout de ceux qui subissent le mal de la croix et de ceux qui le crucifient, au moment où lui-même est en proie à l’abîme du mal, Jésus nous montre que la douceur de celui qui renonce à la violence et qui pardonne est à portée humaine...

- 6e dimanche ordinaire : 11 février 2007 : Où donc nous porte notre désir intérieur ?
Les lectures de ce jour nous parlent de bonheur ou de malheur, de bénédiction ou de malédiction... S’agit-il de codes de comportement ? D’un programme de Dieu conditionné par la décision humaine ? Non, ces textes sont d’abord des textes de révélation qui disent le don de Dieu. Partant, ils ouvrent un espace de liberté et appellent à des choix. Ils ne sont pourtant d’aucune naïveté : Jérémie dévoile la difficulté de faire confiance au Seigneur plus qu’à nos calculs humains. Le psaume 1 affirme qu’entrer en contact avec les méchants, c’est courir le risque d’être toujours plus impliqué dans la dynamique du mal. Enfin les béatitudes indiquent la condition conflictuelle dans laquelle le disciple de Jésus en viendra à se trouver. Autrement dit, ces textes nous parlent de combat spirituel, du combat qui se joue en nos cœurs entre l’esprit du mal, le doute, et l’esprit du bien, la confiance.
Serions-nous alors embarqué dans une lutte à mort où nous risquons de sortir perdants, Sommes-nous appelés pour répondre aux exigences divines à nous arque bouter contre le mal ? Les textes en réalité ouvrent d’autres pistes.
Le psaume affirme que l’homme heureux trouve son plaisir dans la loi du Seigneur. Le désir qui porte vers ce qui plaît est la vie intérieure de l’homme. La loi est le lieu où l’homme apprend à connaître Dieu qui se révèle et où il apprend à adopter ses manières d’être et d’agir. La loi c’est ce que Dieu enseigne à l’homme pour lui enseigner à vivre. Le rapport à la Parole est donc ce qui aide à vivre. Le psaume, comme le livre de Jérémie propose une métaphore, celle de l’arbre, qui contient une idée de fécondité, de solidité, de pérennité. D’une certaine manière tout ce qu’est l’arbre dépend de l’invisible : ses racines et l’eau où vont les racines. De même ce qu’est l’homme ou ce qu’il devient est rendu possible par ce qui ne se voit pas : son cœur. L’homme peut vivre, être juste, donner du fruit... si les racines de son cœur plongent dans l’eau de la Parole de Dieu... Là où est le cœur de l’homme, là est son trésor. Où donc nous porte notre désir intérieur, ce qui nous meut ?
Quant aux béatitudes, elles annoncent que tout est déjà donné en Jésus-Christ : le Royaume est accompli en lui, mais il n’est pas encore parvenu à son accomplissement en nous. Le projet de Dieu se fait accomplissement progressif dans l’histoire de l’homme. Le bonheur révélé comme présent ne se découvre que dans la mesure où l’homme accepte d’être heureux du bonheur qui lui est procuré par un Autre. Consentons-nous à faire confiance à Dieu ? Consentons-nous à la douce patience envers nous-mêmes dans ce temps où ce que Dieu opère en nous mûrit lentement ?

- 5e dimanche ordinaire : 4 février 2007 : Invitation de Dieu, réponse de l’homme
Dans le livre d’Isaïe, la question de Dieu : “Qui sera notre messager ?” indique que le Seigneur cherche un envoyé pour une certaine mission. Avec promptitude, le prophète se porte volontaire : le “envoie-moi” marque son entière disponibilité à l’appel divin. L’envoi ne peut venir que de Dieu, mais il se conjugue parfaitement avec l’expression de la liberté et de l’initiative humaines.
Saint Paul rappelle son rôle : transmettre ce que lui même a reçu, le noyau de la foi chrétienne, la mort et la résurrection du Christ. Cette mission de transmettre le message de la foi, c’est par la grâce de Dieu qu’il peut l’accomplir.
Enfin, l’évangile de Luc raconte comment mûrit la relation de Pierre avec Jésus. En déplaçant la barque de quelques mètres, Pierre répond positivement à la demande de Jésus. Il ne donne pas à proprement parler sa vie au Seigneur, mais il donne de son temps et de l’attention à Jésus de Nazareth. Ce premier pas l’autorise à entendre l’invitation pour un second pas : “avance au large”. Là encore Pierre réagit positivement, avec confiance. Il ne fait pas prévaloir sa sagesse ni son expérience de pêcheur, mais sa relation avec celui qu’il comprend être un homme de Dieu. La pêche miraculeuse est encore un moment de vérité : face à la barque pleine, Pierre ne se met pas à compter les poissons tout content des avantages que lui rapporte sa relation à Jésus ! Il se reconnaît pécheur. Jésus lui dit alors : “Sois sans crainte”. Je sais qui tu es et c’est toi que je cherche, c’est à toi que je m’adresse. C’est moi qui veux la relation avec toi, et cela changera ta vie, ta pêche sera autre : tu sera pêcheur d’hommes. L’image est prise du travail de Pierre. Elle souligne à la fois une continuité et une nouveauté. La réponse de Pierre et de ses compagnons est exprimée brièvement dans les termes d’une suite radicale et immédiate.
Autant de textes pour méditer notre vocation propre, don et responsabilité tout à la fois ; pour méditer l’appel de Dieu pour un service particulier et sa grâce qui nous soutient, le respect de notre cheminement et de la maturation qui nous est nécessaire pour répondre en toute liberté... Dieu vient à la rencontre de chacun. A chacun Il ouvre un chemin. Mais la réponse nous appartient. Invitation de Dieu, réponse de l’homme... Où en sommes-nous ?

- 4e dimanche ordinaire : 28 janvier 2007 : Avec un amour qui supporte tout
Le commentaire que Jésus donne du texte d’Isaïe provoque la réaction de ses auditeurs. « N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? » La question a une certaine ambiguïté : c’est une interrogation admirative mais également sans doute une attente. Les Nazaréens sont tentés de mettre la main sur Jésus, de capter à leur profit les paroles de la grâce. C’est ce que l’on peut comprendre de l’intervention de Jésus, qui démasque l’ambiguïté de leur réaction. Il montre qu’il a saisi tout ce qu’à d’admiratif, mais aussi d’intéressé, l’attente de ses compatriotes. Il le déclare d’une manière solennelle, littéralement : “Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est recevable en sa patrie”. Parce qu’il est envoyé ailleurs, parce que son ministère déborde les frontières du clan, le prophète est rejeté par les siens. Les Nazaréens, se considérant comme les bénéficiaires immédiats de l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe, attendent de Jésus qu’il opère chez eux les miracles qu’il a annoncés, comme il l’a déjà fait à Capharnaüm. Anticipant en quelque sorte leur demande de guérison, Jésus la refuse et redéfinit pour eux comment doit s’accomplir la citation d’Isaïe. L’interprétation qu’il en donne renverse leurs attentes : le pardon de Dieu est également offert aux païens ; l’année de grâce du Seigneur est proclamée d’abord pour ceux de l’extérieur. La purification de Naaman le Syrien et le repas préparé par la veuve de Sarepta pour Elie en témoignent. L’un et l’autre deviennent les chefs de file des pauvres et des opprimés dont la délivrance est annoncée par Isaïe. Israël n’est pas rejeté mais doit accepter l’entrée des païens dans le peuple de Dieu. Ayant dit cela, Jésus est immédiatement rejeté par les habitants de Nazareth.
Le prophète Jérémie, consacré par le Seigneur pour les peuples, est lui aussi averti que sa parole ne sera pas toujours accueillie favorablement. Donner à entendre la Parole de Dieu ne supporte pas que l’on cherche à adapter son discours à ses auditeurs. Le message évangélique interpelle nos vies, bouscule nos habitudes, exige de nous des conversions... Ne soyons pas de ceux qui le galvaudent pour être mieux entendus et accueillis. Apprenons à transmettre la Parole de Dieu et en vivre, avec un amour qui supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout...

- 3e dimanche du temps ordinaire : 21 janvier 2007 : L’aujourd’hui des Ecritures
Dans la première lecture comme dans l’Evangile, il est beaucoup question de livre à lire : à l’occasion de la fête du septième mois, le scribe Esdras apporte le livre de la loi de Moïse donné par le Seigneur à Israël et le lit devant toute l’assemblée ; Jésus entre dans la synagogue de Nazareth, se lève pour faire la lecture et lit un passage du livre d’Isaïe. Lire c’est s’appuyer sur quelque chose qui est déjà écrit ! Néanmoins, il est aussi raconté qu’après la lecture d’Esdras, les lévites traduisent et donnent le sens. Quant à Jésus, il se fait l’interprète du message prophétique : "aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture" (4, 21). Il reçoit de l’Ecriture le sens de sa mission et en fait la révélation publique. La prophétie d’Isaïe trouve son aujourd’hui dans la proclamation de Jésus. La parole de Jésus assigne l’accomplissement des Ecritures au moment de l’écoute : maintenant, au moment où ces mots frappent vos oreilles ! Aujourd’hui !
N’est-ce pas à nous aussi que Dieu dit : "Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture" ? Une parole s’adresse toujours à quelqu’un. Aujourd’hui Dieu nous appelle et aujourd’hui Il veut nous sauver. Mais la parole dépend, pour son accomplissement, de l’écoute que nous allons lui donner. Elle ne libère que qui l’entend et l’accueille. A proportion de notre foi, en toute lecture de la Parole, le texte se déroule sous nos yeux et le Christ l’explique à nos cœurs. A proportion de notre foi et de notre accueil, par la puissance de l’Esprit, Il le rend actuel pour chacun d’entre nous. Nous pouvons donc tous donner un “aujourd’hui” au texte, lui donner corps dans notre histoire personnelle. Si, comme le dit saint Paul, tout le monde n’est pas prophète ni chargé d’enseigner, tous nous avons la responsabilité de nous disposer à l’écoute et à donner un aujourd’hui au texte qui résonne à nos oreilles...

- 2e dimanche du temps ordinair : 17 janvier 2007 : En vue du bien de tous.
Dans l’Evangile de Jean, la scène de Cana inaugure la série des signes par lesquels Jésus, le révélateur du Père, va se faire connaître. La mère de Jésus est là, qui prononce deux paroles. Elle présente d’abord à son fils le manque des convives : “ils n’ont pas de vin”. Simple affirmation qui ne demande rien, comme si Marie, en adressant ce constat à son fils, ne pouvait douter de son intervention en leur faveur. Si la réponse de Jésus la met à distance, elle exprime à nouveau sa confiance dans sa parole aux serviteurs : “Faites tout ce qu’il vous dira” . Elle les invite ainsi à entrer dans une attitude semblable à la sienne. Elle renouvelle l’obéissance qui fut celle du peuple au moment de l’alliance au Sinaï lorsqu’il répondit à Moïse : “Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons” (Ex 19, 8).
Sûre de l’engagement de son fils en faveur des hommes, Marie se présente ainsi comme celle qui, d’une part, intercède pour les hommes et qui, d’autre part, invite à la confiance. Pareillement, dans le livre d’Isaïe, la voix du locuteur affirme qu’elle ne se taira pas, ni ne se tiendra au repos jusqu’à ce que Dieu vienne sauver Sion ; elle ne laissera pas de repos à Dieu Lui-même jusqu’à ce qu’Il ait accompli sa promesse à Jérusalem. La voix annonce aussi que Sion recevra un nouveau nom qui manifestera le changement qu’elle connaîtra. De la sorte, la voix maintient l’espérance du peuple.
Saint Paul nous parle des dons du Saint Esprit à mettre au service des frères, “en vue du bien de tous”. Et si nous étions alors invités aujourd’hui à être des veilleurs, nous tenant sur la brèche pour repérer les besoins de nos frères, intercéder pour eux, nous engager en leur faveur sans nous lasser, sans laisser de repos à Dieu ? Si nous étions appelés à être des passeurs d’espérance jusque dans les situations qui nous semblent sans issue ?

© Sr Sophie Ramond, r.a.
Communauté de Lübeck

01/01/2006
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