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Révolte paysanne
RÉVOLTE PAYSANNE
Cette année-là, l’été fut pourri et au moment propice, les agriculteurs ne purent ni rentrer leurs foins ni moissonner. La disette s’installa et la famine menaçait. Les victimes de ce temps maudit accusèrent le Ciel. Employant des moyens spirituels, ils firent un tel foin d’enfer que Dieu les entendit crier : « On veut du soleil, du soleil, du soleil ! » Il envoya St Pierre flanqué de son fidèle acolyte Miquelon pour faire taire cette jacquerie : « Où vous croyez-vous ? Ne savez-vous pas que Dieu ne fait pas la pluie et le beau temps ? Peut-être avez-vous semé les mauvaises graines que vous portez dans le cœur, vous récoltez donc la tempête ! Vous vouliez être dans le vent ? Ne vous plaignez pas ! ». Les cultivateurs crièrent de plus belle.
Dieu était très ennuyé car il savait que les paysans disposent de moyens imposants pouvant mettre à feu et à sang même le paradis. D’autre part, il ne voulait pas intervenir : autrefois il avait apaisé une tempête sur le lac de Tibériade, cela avait fait beaucoup trop de vagues....
Il réunit son conseil formé de ses apôtres, quelques anges, des scientifiques et puis des spécialistes de la météo. Certains suggérèrent d’indemniser en quelque sorte les victimes de cette catastrophe naturelle en leur ouvrant un crédit d’indulgences qui abrégeraient ainsi leur temps de purgatoire. Ils se virent opposer cette réplique sans appel : « Les indulgences ? Vous croyez encore au Père Noël ». Matthieu, qui avait été percepteur, soutint que le temps pluvieux favorisait les pâturages donc la quantité de lait et pour compenser ce déséquilibre entre céréaliers et éleveurs, peut-être faudrait-il agir directement auprès de Bruxelles afin de modifier le régime des quotas, réorienter les taux directeurs, proposer un moratoire sur les intérêts des prêts bonifiés ...Dieu intervint sèchement : « Arrête ce charabia de technocrate ! C’est pire que du latin ! »
Un expert en climatologie fut dépêché pour étudier sérieusement la situation. Il revint perplexe et déclara : « La Chine s’est éveillée et le vent de l’histoire a tourné. Ainsi le vent qui venait de l’Ouest souffle maintenant de l’Est, donc tout est bouleversé. Les anticyclones déclenchent des cyclones, la pression atmosphérique est en pleine dépression, les isobares se barrent, l’atmosphère devient oppressante, les typhons sont de véritables siphons, les tsunamis remuent ciel et terre, les girouettes ne savent plus où donner de la tête, les trombes d’eau s’abattent sur les nuages qui essayaient de passer entre les gouttes, ils allument des éclairs pour se faufiler dans la nuit. »
Le vent de l’histoire ? dit Dieu, Je ne le connais pas celui-là
C’est normal, vous êtes intervenu au début du processus quand il n’y avait pas encore d’histoire.
Les hommes n’ont qu’à se débrouiller, je les ai créés à mon image, donc intelligents.
Vraiment ? dit Pascal
Parfaitement, Pascal, je ne suis pas gaga,
Je n’ai jamais dit ça
Oui, mais j’ai lu tes pensées.
L’ange spécialiste des sondages et conseiller en communication ajouta : « Il faut faire quelque chose, les mécontents sont capables d’insister lourdement, de mobiliser tout le peuple qui va se mettre à genoux et prier : neuvaines, processions, rogations et nous serons bien obligés d’obtempérer. »
Rogations ! Je leur ai déjà dit que je préférais l’irrigation aux rogations
En fait d’eau, ils sont servis. On commence ici et là à entendre ce slogan : « La moisson est peu abondante et les ouvriers à nourrir sont nombreux » s’ils commencent à déformer vos propos, le pire est à venir, on entendra bientôt : « Dieu a sombré dans la tempête ! »
Diable, diable, dit Dieu en se grattant la tête, comment allons-nous faire ? Exprimez-vous !
Ne pourrait-on pas envoyer l’Esprit pour qu’il souffle sur les nuages et les disperse aux quatre vents.
Je ne suis pas sûr que l’Esprit soit très chaud et depuis quelque temps, il s’essouffle et puis, si ça ne marche pas, j’aurais l’air de quoi ?
Douteriez-vous de vous-même ?
Thomas !Tu veux ma main sur ta figure ? Tu sais que ça peut laisser des marques !
Certains crurent bon d’ajouter : « Puisqu’ils ne peuvent pas faire les foins, il faudrait leur procurer un regain d’activité » d’autres persiflèrent « trèfles de plaisanterie, y’a plus rien avoine » et tous s’esclaffèrent.
Soudain, l’ange qui était d’astreinte surgit à tire-d’aile : « Alerte ! Ça sent l’encens partout, ce n’est pas très orthodoxe »
« Ange Gabriel, va donc voir ce qui se passe
Toujours moi pour les corvées...
On ne te demande pas de faire une annonciation, tout juste une simple visitation.
Le beau temps est revenu, les agriculteurs te remercient, chantent tes louanges et brûlent des montagnes d’encens en signe de gratitude.
Je n’y suis pour rien
Je me suis bien gardé de le leur dire.
Pourquoi le temps clément est-il revenu ?
Je ne saurais scientifiquement l’expliquer mais ce sont les Africains qui ont commencé ; quand ils ont vu la détresse des Européens, ils se sont dits : « Nos greniers à mil sont pleins, nous ne pouvons laisser ces pauvres blancs mourir de faim » Ils ont partagé leurs surplus et ont accueilli tous ceux qui voulaient venir chez eux à cause de la douceur du climat. En contrepartie, les États ont annulé toutes les dettes. Alors, chose incompréhensible, un vent de fraternité s’est levé et a balayé tous les mauvais nuages, désormais la planète est une terre où coulent le lait et le miel en abondance. »
Ouf, dit Dieu, nous l’avons échappé belle !
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