Rameaux
Le mot d’explication :
En ce dimanche des Rameaux nous fêtons l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il est acclamé par cette même foule qui le condamnera. Quel est donc cet homme en qui Dieu se révèle, célébré comme le Messie et réprouvé comme un bandit ? La liturgie nous propose de le contempler à travers la figure du serviteur d’Isaïe.
Le terme hébreu )ebed, serviteur est en général un terme de relation ; il n’exprime pas un état particulier dans la société. Il indique que quelqu’un est en état de subordination face à un supérieur, sans connotation d’humiliation. On trouve aussi un sens religieux de ce terme, dans les psaumes par exemples, pour désigner les croyants. Dans le livre d’Isaïe, la figure du serviteur souffrant reste indéterminée et cette indétermination permet des lectures différentes. Ce n’est d’ailleurs pas tant l’identité du serviteur qui intéresse que sa fonction envers le peuple : il est image d’espérance pour le peuple.
Méditation :
Jésus arrive à Jérusalem, la ville où comme il l’a annoncé plusieurs fois à ses disciples va s’accomplir sa Passion et sa mort. L’atmosphère est à la joie, comme il en est à Jérusalem lors de la fête de la Pâque. Mais pour Jésus l’heure est grave. Pour lui, c’est la dernière étape du chemin entrepris en Galilée quelques années plus tôt.
Sa vie publique avait commencé après l’épreuve des tentations au désert. Au baptême le Père avait révélé à Jésus son identité et sa mission. Jésus avait dû choisir de les vivre selon l’Esprit du Père, reçu au baptême. Il avait été emmené dans le désert par l’Esprit pour mis à l’épreuve par le diable. Le tentateur avait éprouvé Jésus en sa qualité de Fils de Dieu. Selon la logique suggérée par le diable, il était normal que Jésus fasse des miracles à son profit. Mais Jésus avait refusé que sa condition divine lui serve à éviter le poids de la condition humaine. Parce qu’aucun homme ne peut se soustraire aux difficultés, aux forces du mal en faisant des miracles, Jésus avait exclu d’en faire en son intérêt propre. Les tentations correspondaient à des critères bien humains, des critères du monde sur la manière dont il faut vivre et faire advenir le règne de Dieu.
Et voilà que maintenant il accomplit un geste symbolique pour combattre une autre tentation de son temps : l’attente d’une Messie guerrier, fort et victorieux, qui imposerait le règne de Dieu par la force. Il se présente, au contraire, en messie humble, ami des pauvres et des petits, proche aussi des pécheurs à qui il annonce la tendresse et le pardon de Dieu. Et pour ce faire il choisit d’entrer à Jérusalem monté sur un ânon. Dans le registre des montures, ânon s’oppose à cheval, qui est le moyen de transport des guerriers, et à char, qui est celui des rois. La stratégie de Jésus n’est ni celle d’un guerrier, ni celle d’un roi... C’est le renversement de l’attente des zélotes, la manifestation claire de son désir d’être un messie doux et humble de cœur, selon la prophétie du prophète Zacharie : Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse (9, 9)
Jésus se dirige vers le temple. Des gens étendent sur son passage leurs manteaux, coupent des branches, qui rappellent les fêtes de la Dédicace du temple. On suit le scénario d’une autre fête importante, celle de Sukkôt ou des Tentes, rappelant le temps du nomadisme au désert, durant lequel Dieu veillait. Le scénario est celui que chante le Ps 117 (118) : rameaux en main, la foule s’approche dans la liesse jusqu’au temple. Et elle lève le rameau à plusieurs moments précis et au cri du Hosanna, qui signifie : sauve-nous ! Ce terme exprimait l’attente eschatologique, l’attente de la venue définitive du Messie. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Mais ce même messie humble, que certains reconnaissent et acclament, va être refusé par la ville qui s’agite et qui se raidit de tout son être à sa venue. C’est lui qui sera bafoué, déshonoré, mis à mort comme un bandit... Jésus ne cherche pas à s’éviter cela, car pour ce faire il lui faudrait sortir d’une attitude de consentement total au chemin qu’il suit, dans l’intimité du Père...
Seigneur donne-nous cette grâce de nous laisser instruire, de laisser nos oreilles s’ouvrir à ta Parole et de ne pas nous y dérober, quel qu’en soit le prix, par amour de Toi et de Jésus-Christ ton Fils, lui qui est mort pour notre salut.
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