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Passionnée de l’Evangile et de son époque
XIXe siècle : siècle complexe, en recherche de son équilibre à travers les grands craquements révolutionnaires. Siècle de la lutte passionnée pour la liberté ; siècle de la première locomotive et des débuts de la photographie, de l’industrialisation et du fossé croissant entre les classes sociales ; siècle de misère pour le prolétariat, des quatorze heures de travail de la femme et de l’enfant. XIXe siècle marqué par l’égoïsme, la piété étriqué ou la négation de Dieu ; siècle de sainteté aussi : Thérèse de Lisieux, le Curé d’Ars, don Bosco, Bernadette Soubirous. siècle qui voir surgir des apôtres et des prophètes, des chefs de file tournés vers l’avenir. Parmi eux : Marie-Eugénie Milleret.
- En butte aux assauts
L’Eglise du XIXe siècle se trouve en butte aux assauts conjugués de l’athéisme
et de la révolution. Le matérialisme gagne du terrain. En France, beaucoup sont
séduits par le rationalisme et le positivisme d’Auguste Comte.
L’esprit critique avec lequel Renan aborde et présente les textes de la Bible
est en harmonie avec ces idéologies. En même temps, les progrès des sciences
historiques et humaines tendent à opposer la science et la foi : témoin la thèse
de Darwin sur l’évolutionnisme. D’autre part, la méthode dialectique de Hegel
donnera bientôt naissance à toutes les formes de totalitarisme et de négation
de Dieu.
C’est à l’époque où le marxisme prend naissance que vit Marie-Eugénie. En face
de cet "humanisme athée", selon le mot d’Henri de Lubac, les chrétiens eux-mêmes
remettent en cause les problèmes les plus fondamentaux. Victor Hugo, n’avait-il
pas affirmé déjà : "La presse et l’école feront disparaître l’Eglise."
La menace devient réelle avec la fondation en 1966 de la fameuse "Ligue de l’enseignement"
par le franc-maçon Macé.
Sans doute l’Eglise ne manque-t-elle pas de réagir. Efforts parfois infructueux
mais réels. Levain dans la pâte, des chrétiens engagés oeuvrent dans tous les
secteurs avec un authentique esprit de foi et d’espérance.
Le XIXe siècle est l’âge d’or de l’apologétique : Graty, le cardinal Newman.
Des savants eux-mêmes sont en même temps des hommes de science et de foi : Laënnec,
Ampère, Pasteur. L’Avenir, l’Ere nouvelle, L’Univers et plus tard la Croix,
soulignent assez la part que prendra dans la polémique la presse catholique.
Les conférences du Carême continuent sur la lancée de Lacordaire.
- Un combat pour la liberté.
L’Eglise prisonnière de son option contre-révolutionnaire, a du mal à reconnaître
que tout n’est pas négatif dans l’idéal de liberté et de fraternité de 1798.
Peut-être Lamennais est-il alors parmi les plus clairvoyants : en 1817, l’année
même de la naissance de Marie-Eugénie, il publie son Essai sur l’indifférence,
véhément appel à la liberté et à la justice. Ce prophète pressent qu’une société
athée est vouée à la désagrégation, et veut faire du christianisme un ferment
de renouveau pour le monde moderne : il s’agit donc de faire pénétrer l’Evangile
dans la vie, dans les institutions sociales, dans la politique. Mais il va compromettre
par sa démesure la cause grandiose qu’il sert. D’autres catholiques libéraux
reprennent la lutte pour promouvoir ce qu’il y a de valable dans ses thèses
dont "l’Avenir" est le porte-parole, et d’abord le combat pour la liberté :
entre autres la liberté de l’enseignement, consacrée par la loi Guizot de 1833
et la loi Falloux de 1850. Parmi ces lutteurs infatigables, nous trouvons l’abbé
Combalot, prédicateur de renom et polémiste fougueux, ardemment convaincu du
rôle de l’éducation chrétienne dans la formation de la société : "instaurare
omnia in Christo."
Pour refaire un monde chrétien selon l’Evangile, l’Eglise au lendemain de la
révolution, a besoin de restaurer l’éducation religieuse de la jeunesse féminine.
C’est le prêtre que Dieu placera sur le chemin de Marie-Eugénie pour fonder
l’Assomption.
- "Nous voulons le bonheur du peuple..."
L’esprit contre-révolutionnaire qui règne encore dans les milieux les plus
divers ferme l’ensemble du monde catholique à l’idéal de justice sociale. Un
Frédéric Ozanam s’écriera : "Vous qui vous vantez d’être catholiques, que
faites-vous ? Où sont les œuvres qui démontrent votre foi et qui peuvent la
faire respecter et aimer ?"
Pourtant, dès 1830 le groupe de "l’Avenir" laisse des héritiers vigilants.
La révolution de 1848 provoque une flambée d’esprit social avec les catholiques
libéraux et leur journal "l’Ere Nouvelle". Un grand espoir naît, dont Mère Marie-Eugénie
se fait l’écho dans une lettre de mars 1848 au P.D’Alzon : "Personne plus
que nous n’a été fondé en vue de cette société de l’avenir."
Malheureusement, les journées de juin, avec la mort de Monseigneur Affre, suscitent
une violente réaction. C’est pour elle l’effondrement d’un grand rêve, ou plutôt
la prise de conscience qu’un long combat reste à mener pour la libération de
l’homme. En effet, ni la Deuxième République, ni le Second Empire ne pourront
assurer le progrès social. Conservatisme bourgeois et ultramontanisme triomphant
n’aboutiront qu’à la plus funeste stagnation. Les Pères de Vatican I, eux-mêmes,
n’auront guère le souci de répondre aux exigences d’une époque sensibilisée
aux besoins du monde ouvrier.
La montée du marxisme fait pourtant apparaître le caractère boiteux des solutions
paternalistes ou corporatistes. Il faudra attendre la fin du siècle pour que
l’Eglise se prononce officiellement, avec les grandes options modernes de Léon
XIII, le Pape du ralliement et de Rerum Novarum (15 mai 1891).
- Dans la ligne de Vatican II
C’est dans ce contexte historique très particulier qu’il faut replacer toute
la vie de Marie-Eugénie Milleret avec les angoisses, les heurts, les difficultés
de tous ordres qu’elle rencontre, même de la part de l’Eglise qu’elle voulait
servir de toutes ses forces.
Dans cette traversée du désert, sa voix prophétique se fait entendre. La congrégation
se développe. Ses intuitions la font marcher dans la ligne d’une restauration
chrétienne et évangélique que confirmeront un jour les orientations de Vatican
II. Et Paul VI, proclamera Marie-Eugénie "bienheureuse" le 9 février 1975.
Jérôme Cornélis A.A
02/06/2003
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