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Noël 2004 : le chapitre de Sr Cristina-Maria

Noël 2004. Le Proche et le Moyen Orient - pays des prophètes et pays de Jésus- sont marqués par la guerre, la haine, la destruction. Quel avenir y a-t-il pour tous ces frères et soeurs en humanité ? Le prophète Isaïe, au VIe siècle avant J.C., ne soupçonnait pas la présence des problèmes d’aujourd’hui sur la terre qui était la sienne. Il contemplait la situation de son temps, la détresse de ses contemporains, un monde contrasté et divers, et il s’interrogeait sur le passé : n’avait-on pas provoqué des catastrophes par lâcheté, par inconscience  ? Isaïe s’interrogeait aussi sur l’avenir, sur le sens des bouleversements politiques qu’il voyait inévitables. En ce monde-là, au coeur d’une masse qui s’amusait à fabriquer des idoles, un petit groupe semblait lucide et conscient. Notre situation n’est pas tellement différente de celle du prophète.

Regarder notre présent dans le miroir du passé, ne nous apporterait pas des réponses capables d’orienter nos vies aujourd’hui. Mais un regard qui pénètre la réalité, qui s’interroge... tel celui du prophète, pourrait nous apporter une lumière, la lumière de Dieu tout simplement, celle que nous avons vue « briller  » sur le visage de son Fils Jésus-Christ, Celui qui nous a révélé la vérité de Dieu : un Dieu qui n’a jamais rompu son alliance avec l’humanité depuis la création ; un Dieu qui s’intéresse encore à son peuple et qui vient le sauver pour toujours ; un Dieu qui aime faire toujours du neuf, parfois et même très souvent, à partir de ce qui a été déformé, détruit... Un Dieu qui fait et qui fera sans cesse, avec chacun et chacune de nous, une Alliance toujours nouvelle quels que soient nos chemins et nos détours. Nous serons toujours pour lui «  son peuple » et Il sera toujours pour nous « notre Dieu. »

Ce texte du prophète Isaïe est très riche. Les images employées peuvent rejoindre chacune de nos situations personnelles et nous faire comprendre que l’Alliance de Dieu avec nous est toujours un don à recevoir et non à conquérir. Que cette Alliance vient des entrailles de miséricorde de notre Dieu, qu’elle est toujours un dialogue et pas seulement un don gratuit. Jérusalem - l’épouse de Yahvé, mais aussi toi, moi ... - sera l’épouse comblée, féconde, heureuse et épanouie. Dieu la bénit de son shalom, de sa paix, plénitude absolue de toutes les bénédictions possibles où les êtres humains s’épanouissent totalement. Ce shalom, il faut l’accueillir. C’est seulement cela qui nous est demandé. Laissons-nous habiter par ce texte. Ces paroles sont des « bonnes nouvelles  », porteuses d’espérance.

Ces paroles donnent sens au cri de l’Avent : Marana thà ! Viens, Seigneur Jésus ! Ce cri de l’Avent est aussi le cri qui accompagne et qui guidera toute l’humanité jusqu’au retour définitif du Christ Seigneur. Saint Basile, à la question « qui est un chrétien », répondait par ces paroles : « Le chrétien est celui qui reste vigilant chaque jour et chaque heure, sachant que le Seigneur vient. »

Le Seigneur vient... Il vient aujourd’hui non plus comme il y a plus de 2000 ans. Il vient chaque jour d’une manière neuve, parfois surprenante. Notre histoire est le lieu où se manifeste constamment la nouveauté de la présence de Dieu parmi nous à travers son action créatrice et recréatrice. Le temps, notre temps, est le temps du salut et de cette certitude de notre foi, nous en faisons chaque jour l’expérience, même quand nos vies sont encore menacées par la mort, la maladie, les pleurs, le péché. Jésus nous a déjà apporté le salut mais la plénitude du salut, du nôtre et de toute l’humanité, n’est pas encore venue : Toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement... (Rom 8, 22) Nous attendons le salut comme des sentinelles, impatientes que se lève l’aurore, en ayant au coeur l’urgence de la venue définitive de Jésus Ressuscité.

Le Seigneur vient... Il vient aujourd’hui non plus comme il y a plus de 2000 ans. Ce que nous célébrons à Noël, c’est la naissance d’un enfant que Dieu seul pouvait donner à l’humanité, un Fils « né d’une femme » (Ga 4,4), mais un enfant qui venait de Dieu et qui était la révélation de qui est le Père. Cet enfant est le signe visible de Dieu. Mais, comme cela est dit aux bergers, ce signe est tout petit : « Vous trouverez un nouveauné, enveloppé de langes et couché dans une crèche. » (Luc 2,12) Ce signe, simple et humble, est un signe pour tous les peuples. Tout le mystère est là : un enfant, dans une extrême pauvreté, Jésus ; un enfant qui sera proclamé Messie et Seigneur, un enfant qui est le don du Père pour tous les peuples. Dans la pauvreté de Bethléem, nous célébrons déjà la gloire du Christ Seigneur. La gloire, il faut la découvrir dans la pauvreté.

Le Seigneur vient... Un extraordinaire échange nous est offert : Si Dieu nous a donné ainsi son Fils, en se faisant l’un de nous, c’est pour que nous soyons vraiment les FILS DE DIEU. « Admirable échange », chantons-nous avec toute l’Eglise. Cet événement de Noël n’a pas seulement changé le cours de l’histoire, mais bien plus encore, il a donné sens à toute l’histoire. Et c’est cela l’espérance que nous devrions annoncer aujourd’hui à tous les hommes et à toutes les femmes assoiffés de sens, désireux d’espérance. Il s’agit de vivre au coeur de nos réalités, avec la même joie que Dieu venant à nous et se faisant Emmanuel, Dieu avec nous et parmi nous. Noël sera une célébration si la lumière de ce mystère resplendit dans nos vies quotidiennes, éclairant nos ténèbres de douleur et de manque de sens, humanisant nos relations, communiquant l’espérance, l’espérance que Dieu a ouverte pour toute l’humanité.

Le Seigneur vient... Saurons-nous reconnaître sa présence ? Nos vies sont une attente continuelle et un constant accueil des « visites » de Dieu. Chaque fois que nous reconnaissons le passage, la visite de Dieu, sa présence... nous célébrons Noël. Suivons les pas de tant d’hommes et de femmes qui ont su découvrir et accueillir la visite de Dieu : Marie, Joseph, Zachée, la femme de Samarie, l’aveugle Bartimée, Paul, Marie Eugénie de Jésus... et beaucoup d’autres qui ont vécu ou qui vivent très près de nous, à nos côtés.

Noël, célébration de la visite et des innombrables visites de Dieu : sans bruit mais en profondeur. Un signe nous sera donné : « un nouveau-né, enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

La joie de Noël, nous dit Marie Eugénie, nous l’avons connue. Celle de la Résurrection, nous l’attendons. Entre ces deux joies, il y a le temps de la patience, où il nous faut chercher notre Seigneur avec une grande générosité, et le suivre pour qu’il devienne l’unique lumière de notre intelligence.

Soeur Cristina-Maria
Supérieure générale
Auteuil,
Noël 2004

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01/12/2004
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