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Mexique

"Je mettrais mes forces, plutôt toutes mes faiblesses, dans les mains de Dieu Père et Mère, car c’est le Seigneur ; il donne la vie, et son amour ne dit jamais : c’est assez".

Le 15 février, après mon travail à l’école Milleret, je suis passée chercher ma mère à la consultation de notre médecin de famille. Dès qu’il m’a vue, il a dit qu’il n’aimait pas ma mine, ce à quoi j’ai répondu en riant que je croyais que j’allais bien car je n’avais à ce moment-là aucun ennui malgré la récente mort de mon père. Il proposa une visite de routine et j’acceptai. Voir son visage préoccupé me déconcerta ; il me fit part de ses soupçons d’anévrisme dans la région abdominale et il suggéra de le vérifier. A la salle d’ultrasons le diagnostic se confirma et il me parla de la gravité du problème : il y avait un indice très élevé de risque.
Nous avons échangé sur le peu que nous pourrions faire, vu mes ressources économiques et celles de ma famille. De plus il y avait des conditions aggravantes : mon syndrome de « marfan » (maladie génétique, note de la traduction).
Dans le service d’urgence de la Sécurité Sociale, une doctoresse me reçut qui, en lisant le rapport et après un examen rapide, me fit hospitaliser. Mais là, 2 autres doctoresses, malgré leurs questions et leur lecture du diagnostic, m’ont seulement donné un rendez-vous en angiologie pour le mois suivant !
Aux personnes nées avec des déficiences physiques, il arrive qu’il leur coûte plus qu’à d’autres d’avancer dans la vie. Cependant, on peu suppléer ces carences et réussir à s’en habituer et, parfois, oublier la maladie et ses handicaps. Mais, il arrive aussi qu’on soit plus tributaire de la santé et je l’étais de la mienne, tout en essayant de ne pas générer une dépendance médicale.
Il est aussi très important pour moi de penser à des hommes et des femmes qui ont contribué à affermir mon caractère. Parmi beaucoup d’autres, ma Mère Marie-Eugénie en particulier, pour sa façon d’envisager la vie, son grand désir de s’y engager et de transformer la société, ainsi que le fait d’être une femme de son temps dont tout dans son être me touche.
Mes sentiments étaient agités. En effet, seulement 20 jours après la mort de mon père, par pur accident d’après certains - ce que nous autres appelons Providence - on m’a diagnostiqué un anévrisme sur l’aorte, qui, de ne pas être soigné immédiatement, pourrait être fatal.
Après avoir signalé ce diagnostic aux doctoresses, tout en acceptant le rendez-vous qu’elles m’offraient sous la condition de me remettre une décharge, elles ordonnèrent mon hospitalisation sans autre soin qu’un sérum, avec la possibilité d’être transférée à un hôpital central car, pour ces soins, là il n’y avait pas les moyens. Elles ne savaient pas quand ce transfert pourrait se faire, prétextant le manque d’ambulance, alors que ma famille s’offrait à résoudre le problème. C’est ainsi qu’on découvrit la négligence médicale car ni ce transfert avait été sollicité, ni vérifié non plus le diagnostic. Il était seulement noté un patient avec des altérations de pression artérielle.
Grâce au médecin qui soigna mon père, je fus envoyée au Centre Médical National, soignée immédiatement et programmée pour la chirurgie. Entrée le 15 février au soir, j’ai été opérée le 19 par une équipe d’excellents médecins et infirmières.
Durant ces jours j’ai joui d’une tranquillité que je ne comprends pas encore et des phrases, certainement modifiées, venaient à ma mémoire : « Je mettrais mes forces, plutôt toutes mes faiblesses, dans les mains de Dieu Père et Mère, car c’est le Seigneur ; il donne la vie, et son amour ne dit jamais : c’est assez ».
Le risque de cette chirurgie était, non seulement la mort, mais aussi des éventuelles séquelles et le temps d’une longue récupération, ce qui ne s’est pas du tout produit. Les complications n’eurent pas lieu, la récupération fut rapide et les séquelles ne sont pas apparues.
La présence de tous ceux qui m’aiment fut primordiale pour moi et le soutien très fort dans l’oraison de chacun dans les différents credo qu’ils professent, de même que le désir de vie qu’avaient pour moi ceux qui ne se réclament d’aucune croyance.

Guadalupe Saavedra, ancienne élève de l’École Milleret
Carrasco
Mexique

09/10/2004
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