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La lune à l’envers : première visite en Afrique
Tout parait différent vu de l’Afrique. La nuit est magnifique. On voit des étoiles par myriades, sans en être empêchés par bâtiments ou néons des rues comme à Paris ou à Londres. C’est au sud de l’Equateur, les constellations apparaissent donc sous une autre forme qu’au nord : on peut voir la Croix du Sud et la lune montre son autre face. Tout cela n’est qu’une parabole : il y a tant à s’émerveiller, s’étonner, tout est déconcertant et offre un défi. Apres quelques courtes semaines dans la Province d’Afrique de l’Est, Kenya et Tanzanie, je sais que je n’ai qu’une image incomplète. Je peux seulement partager quelques unes de mes impressions et quelques questions.
La première concerne l’eau : l’eau potable, l’eau pour se laver et laver
ses affaires, l’eau pour l’irrigation et les cultures. Comme la vie est facile
en Europe et comme nous faisons peu attention à l’eau. Partout où nous sommes
allées en Afrique de l’Est, l’eau devait être filtrée et bouillie et on devait
se rappeler d’utiliser de l’eau bouillie pour se laver les dents, discipline
quotidienne. C’était impressionnant de voir le soin que les sœurs prenaient
pour rendre l’eau potable.
Les communautés sur les pentes du Kilimanjaro, Singa Chini et Sangiti, ont de
l’eau de montagne en abondance, mais dans le sud, à Singida et Iguguno, la situation
est différente. Le climat y est semi-désertique et comme nous préparions la
visite, Vicky (la Provinciale de l’Afrique de l’Est) nous a dit que les pluies,
dans cette région étaient déjà en retard. Quand nous lui avons demandé ce que
cela faisait, elle a répondu simplement, " Les gens vont mourir. " Les deux
communautés ont des réservoirs sous terre. Elles y recueillent l’eau de pluie
pendant la saison des pluies pour pouvoir boire toute l’année. Iguguno, la communauté
la plus pauvre et la plus éloignée de Tanzanie, utilise des conduites d’eau
reliées à la rivière pour le nettoyage et le lavage. Mais cela dépend d’une
pompe à vent et quand il n’y a plus de vent, il n’y a plus d’eau. Les villageois
ne disposent même pas de cela. On a essayé d’endiguer la rivière et de faire
un réservoir mais cela n’a pas marché. Les femmes viennent à la rivière et creusent
des trous dans le lit de la rivière pour remplir leurs seaux. (quand nous y
étions, la rivière était pratiquement asséchée)
La visite m’a fait beaucoup réfléchir à l’éducation. Depuis leur indépendance, le Kenya et la Tanzanie ont suivi des chemins différents : Le Kenya a suivi la route de l’économie de libéralisme et la Tanzanie, sous le président Nyerere, celle du socialisme. Mais au Kenya, les vingt quatre dernières années du Président Moi ont été marquées par une corruption généralisée, si bien qu’une économie jadis florissante est maintenant en ruines. Tandis qu’un petit nombre est devenu très riche, le plus grand nombre lutte pour survivre. La tricherie, le vol et la corruption se retrouvent a tous les niveaux de la société. La violence est endémique. Quand les Pères de l’Assomption nous ont raccompagnées après un repas chez eux, trois sont venus avec nous en minibus car un seul chauffeur, ce n’aurait pas été prudent. Tout, partout, devait être ferme à clef. En Tanzanie, c’est différent, mais l’ère de Nyerere est terminée et l’on rejette ses théories. La télévision montre les images d’une vie de consommation qui devient objet de désir pour les jeunes. La privatisation amène des investissements de l’étranger et des richesses pour le petit nombre sans améliorer le niveau de vie de l’ensemble. Les gens ne sont pas contents de la privatisation de l’électricité et font obstruction a la privatisation de l’eau. Comment l’Assomption, avec sa vision de transformation de la société par l’éducation peut-elle avoir de l’influence sur ces sociétés ?
En ce moment où les deux pays doivent faire face aux problèmes de la globalisation, du sida, de la pauvreté et d’un développement continu, la Province doit décider où porter ses efforts en éducation. Les gouvernements font d’énormes efforts pour assurer une éducation primaire gratuite pour tous les enfants. C’est un élément clef de la politique du nouveau gouvernement du Kenya depuis Noël. En Tanzanie, les parents sont aidés sur le terrain, pour construire leur propre école primaire. En ce moment, l’Assomption est impliquée dans la marche de deux écoles, l’une au Kenya et l’autre en Tanzanie. Les deux sont des écoles secondaires appartenant aux parents et gérées par le diocèse. A Kereita, il y a 500 pensionnaires. Cependant, la directrice laïque ne partage pas notre philosophie de l’éducation et la situation est devenue difficile ; les sœurs ne peuvent plus influencer la marche de l’école. A Sangiti (Tanzanie), la communauté peut avoir et a effectivement beaucoup plus d’influence. Une école de 290 enfants grandit rapidement. Le défi dans cette école est d’arriver au niveau académique tout en maintenant son esprit actuel. Pour l’Assomption une des questions est celle-ci : Est-ce que Sangiti et Kereita sont les meilleurs endroits pour incarner la vision de l’éducation de l’Assomption, pour montrer ce que l’éducation à l’Assomption signifie vraiment ? Cela irait-il mieux dans une école à nous ? Avec des enfants avec un meilleur bagage intellectuel ? Avons-nous assez de sœurs qualifiées pour entreprendre et poursuivre un tel projet ? Ou bien, devrions-nous nous concentrer sur l’autre bout de l’éventail ? Quand nous étions là, les sœurs parlaient de la possibilité d’acheter du terrain et d’ouvrir un petit jardin d’enfants dans la lointaine Iguguno, ce qui permettrait à des familles de transformer leur propre situation sur le terrain. Ce qui est très évident, c’est la forte contribution que l’Assomption peut apporter dans les deux pays, grâce à sa mission particulière d’éducation.
Pour la Province, les possibilités aujourd’hui et dans les années à venir sont immenses. L’Eglise locale est forte- j’ai été frappée par sa vitalité et sa foi. Pour nous, cela se traduit par un flot continuel de vocations-et il semble que cela pourrait facilement augmenter. Avoir onze junioristes dans une Province est une immense source d’espoir et la Province investit courageusement dans leur formation. Mais la formation prend du temps et en ce nouveau moment- pour les deux pays et pour l’Assomption, la Province désire répondre MAINTENANT, d’une manière décisive.
Maureen
14/06/2003
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