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La grande vertu que je remarque dans les saints...
Par Marie-Eugénie, 28 janvier 1864, Extrait d’une conversation le soir de sa fête.
La grande vertu que je remarque dans les saints, c’est l’espérance une des
vertus qui manque le plus à notre époque. S’il y avait plus d’espérance, il
y aurait plus de saints. Je parle de cette espérance qui, appuyée sur la connaissance
que nous avons de Dieu et sur celle que nous avons de nous-mêmes, fait que nous
comptons beaucoup sur Dieu et pas du tout sur nous-mêmes, de cette espérance
qui vient du sentiment profond que nous avons de la bonté de Dieu, de sa puissance
et de son amour pour notre âme. On ne saurait trop s’appuyer là-dessus. Et lorsque
cette conviction pénètre bien intimement dans une âme, c’est alors qu’elle fait
de grandes choses, qu’elle ose entreprendre beaucoup, parce qu’elle sent qu’une
main très puissante la soutient. Nous avons une trop petite idée de la bonté
de Dieu ; et cependant, c’est un principe de théologie que, de toute éternité,
Dieu produit le Saint-Esprit par la contemplation de la bonté infinie qui est
en lui-même. Pensez donc combien doit être infinie une bonté qui cause comme
une extase éternelle d’admiration à une sagesse infinie ! Jamais avec notre
petite raison humaine, nous ne pourrons mesurer ni même comprendre la miséricorde
divine, la vue de cette miséricorde sera une de nos plus grandes joies dans
le ciel.
- Quand on est jeune dit une sœur on a plus d’espérance
- Je ne suis pas tout à fait de cet avis, répond Notre Mère
Q uand on est jeune on a peut-être plus d’espérance ou de confiance en soi-même,
mais ce n’est pas de cette espérance-là que je parle. On fait tout le contraire
de ce qui doit être fait : on appuie sur soi la pyramide de sa perfection, et
c’est sur Dieu qu’il faut l’appuyer. On part de sa bonne volonté de ses bonnes
résolutions de ses bons sentiments et on essaie de marcher ; mais bientôt la
volonté s’affaiblit, les sentiments changent, on tombe malgré ses bonnes résolutions
et c’est alors que l’on commence à comprendre que l’on s’est trompé en se prenant
pour point de départ et pour point d’appui. Il faut laisser chaque âme faire
cette expérience ; mais alors vient l’heure de la lumière, alors on comprend
que c’est Dieu qu’il faut prendre point de départ et pour point d’appui. On
se met de nouveau en marche, mais cette fois, c’est en s’appuyant sur la volonté
de Dieu qui veut que nous soyons saints, sur sa grâce qui nous soutient à chaque
pas, sur son amour pour nous, sur sa bonté et sur sa miséricorde.
Voilà le fondement de notre Espérance...
C’est une heure bien précieuse dans la vie que celle où nous commençons à comprendre
que nous ne pouvons rien par nous-mêmes et que nous pouvons tout par Dieu
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