Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail

La contemplation considérée comme le centuple promis par notre Seigneur.

Il y a deux manières de voir les choses de Dieu : la première est d’en être instruite, de les connaître, d’y penser souvent. La seconde, de les voir dans une lumière plus élevée, plus surnaturelle qu’il plaît à Dieu de nous donner, qu’il ne donne pas à tous, mais qu’il est disposé à donner à ceux qui veulent la recevoir. Il est surtout disposé à la donner aux âmes religieuses : c’est la lumière de la contemplation.

Mes chères filles,

En vous parlant des souffrances de sainte Catherine, je ne suis pas revenue sur une pensée qui doit être souvent devant vos yeux, parce qu’elle est une force dans la crainte des épreuves futures et une force aussi dans les épreuves présentes. C’est la promesse que notre Seigneur a faite de donner le centuple au milieu même des persécutions.

Ceci, mes filles, il faut souvent se le rappeler, et se rappeler que, si les martyrs ont passé par de terribles épreuves, avec un si grand courage, c’est qu’ils s’y étaient préparés par la mortification, le détachement et la prière, mais c’est aussi parce qu’ils avaient au-dedans d’eux-mêmes la force que donne le centuple promis par l’Évangile. Or quel est-il ce centuple ? Je ne crois pas me tromper en disant que c’est un ardent amour de Jésus-Christ. Je crois que notre Seigneur communique aux âmes, au milieu des persécutions, un amour beaucoup plus ardent qu’il ne le communique en aucun autre moment, et qu’il fait grandir l’amour par le moyen de la persécution.

J’aborderais volontiers un autre côté de cette question, c’est la contemplation de la vérité. Nous avons dit que sainte Catherine, très nourrie de la vérité, était un grand modèle pour une religieuse de l’Assomption. Nous avons dit aussi qu’elle était très pure, très détachée de ses sens, qu’elle avait conservé la virginité et la pureté par une mortification très grande, et qu’elle voyait sans cesse les choses de Dieu.

Il y a deux manières de voir les choses de Dieu : la première est d’en être instruite, de les connaître, d’y penser souvent. La seconde, de les voir dans une lumière plus élevée, plus surnaturelle qu’il plaît à Dieu de nous donner, qu’il ne donne pas à tous, mais qu’il est disposé à donner à ceux qui veulent la recevoir. Il est surtout disposé à la donner aux âmes religieuses : c’est la lumière de la contemplation. Il y a deux contemplations, la contemplation acquise et la contemplation infuse. Qu’est-ce que la contemplation acquise à laquelle toute âme religieuse peut tendre ? C’est une vue amoureuse à laquelle se joignent l’ardeur de la volonté et la joie du cœur. Ici, il faut être très précis.

Je dis donc qu’il y a à la fois lumière et vue ; puis la volonté s’y porte tout entière en même temps que le cœur s’y repose avec amour. Pourquoi ai-je appelé cette contemplation, la contemplation acquise ? C’est parce qu’elle s’acquiert par la longue méditation de la vérité, par l’habitude, le soin que prend l’âme de se nourrir, même en dehors de la méditation et de la prière, des choses divines, de porter sa volonté vers les choses divines, de ne prendre sa joie que dans les choses divines, de les aimer de tout son cœur et de s’arrêter à quelqu’une en particulier selon sa grâce et sa lumière. Je vais spécifier, parce que l’on ne saurait être trop exact dans cette question. Dieu fait homme, voilà un sujet de contemplation. Un Dieu infini, tout-puissant, possédant toutes les perfections que vous lui connaissez, réduit à l’état d’un petit enfant, comme nous allons le voir à Noël, se présente à la pensée.

Quand l’âme a longuement médité sur toutes les conditions de cet abaissement ; quand elle a considéré ce que c’est que Dieu et ce que c’est qu’un petit enfant d’un jour, quand elle s’est demandé pour qui notre Seigneur a fait tout cela, pourquoi il est descendu du ciel sur la terre et comme le chante l’Église, comment il n’a pas eu horreur du sein d’une vierge, l’âme alors s’arrête à cet enfant. Toute sa volonté se porte vers lui, elle ne désire que lui, ne veut que lui. Le connaître, l’aimer, voilà tout l’objet de sa volonté sur la terre. Elle écarte toute autre pensée ; puis, par un ardent amour, elle s’attache à lui, et se repose en lui seul.

Cette espèce de contemplation acquise est aussi un centuple, mes sœurs. Pour se tenir dans une seule pensée, dans un seul amour, dans une simplicité complète, il faut une aide de Dieu.

Quand notre Seigneur choisit des âmes pour les appeler à lui dans la vie religieuse, il a des desseins dans ce sens-là. Je ne veux pas dire qu’il donne à toutes des lumières supérieures ; mais il a le dessein de faire de toutes des âmes intérieures, d’habiter plus dans leur volonté, dans leur intelligence et dans leur cœur, que dans toutes les âmes du monde. Notre Seigneur ne se moque pas de nous. Quand il nous appelle à un état de perfection, c’est assurément pour nous donner quelque chose de mieux.

Pensons combien nous sommes heureuses que Dieu soit descendu vers nous, qu’il se soit donné à nous, qu’il se soit fait petit enfant. Pensons combien nous sommes heureuses que, dans le sacrement de son amour, sous une apparence qui n’est rien, il soit lui-même tout entier, nous nourrissant, vivant dans cette maison dans la réalité de sa gloire, de ses mystères, de son amour, se proposant à nos adorations. Pensons combien nous sommes heureuses qu’il ait souffert pour nous, qu’il nous ait lavées dans son sang. Pensons enfin combien nous sommes heureuses d’être éternellement destinées à le voir, de pouvoir être au nombre de ses enfants chéris, vivant autour de son trône, contemplant ce qu’il est dans la vision des anges et des bienheureux, transformés en clarté et en amour, en proportion de ce que nous l’aurons aimé ici-bas.

Mère Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instructions de Chapitre du 9 décembre 1887

01/12/2005
Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail
> Tous les articles remonter Remonter