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L’Evangile de Matthieu

L’année liturgique A proclame l’Evangile de Matthieu dans la célébration eucharistique.

L’Evangile de Matthieu a vraisemblablement était écrit par un chrétien d’origine juive dans les années 80-90, lorsque la rupture entre le judaïsme officiel et les chrétiens est consommée.

L’auditoire auquel s’adresse Matthieu est vraisemblablement une communauté majoritairement judéo-chrétienne, qui vit en Syrie. Il est possible qu’après la destruction du temple de Jérusalem (en 70) ou après l’exclusion des chrétiens des synagogues, une communauté, composée à l’origine de juifs ayant reconnu en Jésus le Messie d’Israël, ait émigré en Syrie. Elle réalise alors que l’Evangile est adressé à toutes les nations et élargit ses perspectives théologiques. Par son récit, l’évangéliste met en scène, à travers l’histoire de Jésus et de ses disciples, ce changement de perspective. Le récit garde des traces de tensions : il cherche d’une part, à expliquer le refus d’Israël et la revendication de la communauté matthéenne à se réclamer des traditions juives et, d’autre part, à défendre la pertinence de la compréhension judéo-chrétienne de l’Evangile.

Ancré dans la tradition juive, l’Evangile de Matthieu est donc celui de la continuité. C’est pourquoi, il est soucieux de montrer que Jésus accomplit les Ecritures. Jésus est le Messie annoncé à travers la torah et les prophètes dont Matthieu fait une relecture au travers de la foi pascale.

Plus que les autres évangélistes, Matthieu met l’accent sur la communauté des disciples instituée par Jésus. Son Evangile, le seul où apparaisse le mot « Eglise » (en 16, 18 et 18, 17), s’il souligne les tensions qui agitent la communauté à laquelle il s’adresse, est ecclésial : la communauté doit être fraternelle et missionnaire, continuant ainsi la mission de Jésus après Pâques.

Jésus, dans l’Evangile de Matthieu, est Seigneur de l’Eglise qu’il accompagne par sa présence. Il est Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous (1, 23), "pour toujours jusqu’à la fin du monde" (28, 20). Il accomplit l’espérance d’Israël, Il est Messie (1, 16 ; 26, 63), Fils de David (1, 10 ; 21, 9) , le roi d’Israël (2, 2. 6 ; 27, 11. 37). Mais Israël a désormais les dimensions du monde : "Allez donc de toutes les nations faites des disciples..." (28, 19). Il est le Fils bien-aimé du Père (3, 17), Celui qui reçoit du Père tout pouvoir et qui le révèle (11, 25-30). Il est le "Fils de l’homme" qui viendra pour le jugement à la fin des temps (25, 31-46). Il annonce la proximité du Règne de Dieu et le recul du pouvoir du diable qui croit régner sur les royaumes de la terre. Les démons expulsés en témoigne : "si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous"(12, 28). En ce sens, l’Evangile de Matthieu est parfois appelé l’Evangile du Règne. C’est, du reste, la première parole du Christ en Galilée est : "Convertissez-vous : le Royaume des cieux s’est approché" (14, 17). Le Sermon sur la montagne s’ouvre par la béatitude des pauvres en esprit à qui est promis le Royaume, et le dernier discours s’achève par l’entrée dans le Royaume de tous ceux qui auront secouru le Fils de l’homme en la personne des pauvres. Les paraboles disent comment Dieu établit son Règne. L’expression "Royaume des cieux" au sens de "Royaume de Dieu" sera reprise 33 fois.

L’Evangile de Matthieu, est composé autour de cinq grands discours : il y a d’abord un exposé d’ensemble sur la justice du Royaume, suivi de la diffusion du message par l’envoi en mission ; au centre une révélation sur les mystères du Règne de Dieu, rejetée par les uns mais accueillie par d’autres, suivie par des instructions sur la vie en Eglise ; enfin, l’annonce de la fin et du jugement selon les exigences du Royaume, notamment la priorité donnée à la charité concrète.

© Sr Sophie Ramond, RA

01/12/2006
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