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Jésus joue le jeu de sa mort
Un texte de François Xavier Durwell : Le Christ, lui, trouve dans la mort toute sa vérité personnelle, qui est d’être « vers le Père ». Le Christ va vers son Père, non pas à travers des espaces célestes, mais en le rejoignant dans le Mystère divin où l’être et l’amour s’épuisent l’un dans l’autre.
Si, pour s’accomplir, la personne doit se dégager de tout repli sur soi, dépasser toute limitation dans le don d’elle-même, on peut dire qu’elle devient elle-même en devenant « sacrifice ».
Le Christ, lui, trouve dans la mort toute sa vérité personnelle, qui est d’être « vers le Père ». Le Christ va vers son Père, non pas à travers des espaces célestes, mais en le rejoignant dans le Mystère divin où l’être et l’amour s’épuisent l’un dans l’autre.
Il fut impossible à l’Homme-Jésus, dans sa condition terrestre, d’être ainsi, d’être amour. Seule la mort pouvait abolir en lui ce que l’Ecriture appelle la « chair », la chair qui est fermée sur elle-même. L’Eucharistie que Jésus institue aujourd’hui, avant de mourir, est le sacrement du Christ en sa mort. Le pain qu’on mange, le vin qu’on boit, parlent par eux-mêmes d’un Christ offert en une entière désappropriation de soi.
A la Cène, Jésus joue en effet le jeu de sa mort : « Ceci est mon corps livré, cette coupe est mon sang versé ». Et l’injonction : « Faites cela en mémoire de moi ! » ne signifie pas seulement : « Prenez ce repas en mémoire de moi ! » Mais elle veut dire : « Ce jeu de ma mort, vous le jouerez toujours à nouveau. Il sera mon mémorial. » Le sang de l’alliance, c’est le sang d’un sacrifice ; en chaque eucharistie, « c’est la mort du Seigneur qui est proclamée » déclare l’apôtre aux Corinthiens. Et les fidèles communient au Sang du Christ.
Mais ce Pain et ce Vin de la coupe ne sont pas en premier lieu des symboles de mort. Le pain rassasie ; le vin désaltère ; tous deux parlent de vie et de joie. La bénédiction, la fraction et la distribution du pain ne sont pas d’abord des gestes de mort ; elles inaugurent un repas des vivants.
Le récit de la Cène du Seigneur et son annonce de la Passion ainsi offerte ne s’opposent nullement à l’Eucharistie, symbole de gloire.
Bientôt Jésus célébrera la Pâque du Royaume... Il va vers la Gloire, vers le Père !
François Xavier Durwell
Eucharistie, Sacrement Pascal de la mort
Editions du Cerf, 1980, p.54
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