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- Samedi 8 février 1975
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Homélie du Cardinal Marty
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Des quatre points de l’horizon, ces témoignages choisis parmi les quelque deux cents communautés, où vivent, dans trente pays, mille huit cents religieuses de l’Assomption, ces témoignages reflètent bien la vie d’une congrégation « catholique par excellence », fidèle à l’intuition de sa sainte fondatrice, « au coeur large comme l’Église ». En vous écoutant, en vous suivant présentes... avec les Touareg du Niger, avec les hommes et les femmes du Sahel, avec les Indiens des montagnes du Guatemala, dans les favellas du Brésil ou parmi les jeunes élèves françaises, c’est Mère Marie-Eugénie Milleret que j’entends nous confier : "Le monde est trop petit pour mon amour..." Au bout d’un siècle, dans la lumière du Concile Vatican
II, en cette Année sainte 1975, qui se veut aussi l’Année
de la femme, l’Église, avec joie et reconnaissance, tourne notre
regard vers Mère Milleret pour nous entraîner dans sa sainteté
authentique.
Jeune Lorraine de dix-neuf ans durement éprouvée
par la vie depuis les revers de fortune de son père, la séparation
du foyer familial et la mort subite de sa mère, "seule au
monde, dans un amer isolement d’âme", agitée par les
doutes, à partir de ce Carême 1836, prêché par
le P. Lacordaire, Anne-Eugénie est "convertie", enracinée
dans "une foi que rien ne devait plus faire vaciller". Cette
jeune, dont le seul point d’ancrage religieux - parmi toute une "instruction
où le Christ n’était pour rien" (en dépit de
la devise au blason familial : "Nihil sine fide") - fut la première
communion à douze ans, qui la laisse "saisie de la grandeur
de Dieu", et qui lui fera dire au terme de sa vie : "Je reviens
toujours au Saint-Sacrement." En ce XIXe siècle traversé par les grands craquements révolutionnaires, en ce siècle des premières inventions techniques et de grande misère prolétarienne, en ce siècle de sainteté et de positivisme, cette jeune fille qui dira et vivra : "a totale dépendance de Jésus-Christ est la chaîne secrète de ma liberté." », se veut libre et se découvre libre, passionnée de dégager de sa gangue la liberté authentique de l’être humain. Née à l’heure où Lamennais publiait l’Essai sur l’Indifférence, elle est convaincue que la volonté de Dieu, c’est "un état social où nul homme n’aura à souffrir l’oppression des autres" ; et que "Jésus-Christ a apporté une libération qui transforme la société".
Cultivée, experte en théologie, également assoiffée d’action et de contemplation, avide de prière continuelle : "II faut se nourrir de lumière pour donner la lumière ; rester beaucoup en la présence de Notre-Seigneur, être fidèle à l’Esprit-Saint et se laisser guider par lui ; être riche de l’esprit de l’Église", douée d’un contact facile et enjoué, à vingt-deux ans, Marie-Eugénie Milleret fonde la première communauté de l’Assomption, première pierre d’une congrégation vouée à l’éducation des jeunes filles en particulier :
Mère Milleret souffre de ces hommes d’Église qui veulent "enchaîner l’Esprit" dans leurs structures, selon leurs plans. Les tractations menées à Rome sont contrecarrées par bien des réticences locales ! Au cours d’un de ses voyages dans la Ville éternelle, Marie-Eugénie aura la grâce de participer au Saint-Sacrifice dans la chambre mortuaire de saint Ignace avec qui elle est en connivence apostolique (il est bon de s’en souvenir en ce lieu) : "II a connu toutes les peines d’une fondation : il a su par expérience que c’est dans la douleur que se fondent les oeuvres de Dieu... On ne sait pas ce que c’est que la charge que je porte !". Sa confiance est mise à rude épreuve. A certaines heures, c’est l’agonie. Mais sa foi en sort purifiée, affermie, fondée sur l’absolu de Jésus-Christ qui anime et conduit son Église. Enfin, la joie de l’approbation définitive par Rome, les noces d’or de Mère Milleret, le cinquantenaire de la fondation de la paralysie : "J’entrevois quelque chose de dépouillé, de simple, un état où ne reste que l’amour." Plus que jamais, la fondatrice de l’Assomption est proche de saint Jean de la Croix : "Comme, en regardant le Christ, on apprend à aimer !". Enracinée dans ce mystère d’adoration, elle
vient d’écrire la plus belle page de sa vie. Elle laisse vingt-trois
maisons de par le monde, mille cent huit religieuses.
Aujourd’hui est réalisé officiellement son
rêve de jeunesse : "J’ai un désir de devenir sainte,
qui est toute ma préoccupation."
Qu’est-ce à dire ?
Cette consigne de Mère Marie-Eugénie anticipe l’affirmation solennelle des Pères conciliaires (LG, § 39) : "Dans l’Église, tous sont appelés à la sainteté, selon la parole de l’apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique : "Oui, ce que Dieu veut, c’est votre sanctification." Le baptême nous a fait fils de Dieu. Participant à la vie même du Dieu trois fois saint, nous sommes saints. Encore faut-il le devenir réellement, laisser jaillir, affleurer en nous - avec l’aide de l’Esprit-Saint et au prix d’une incessante conversion - cette sainteté constitutive de notre être de chrétien. De même qu’il faut creuser longtemps et sans relâche le sable aride du désert pour que perle l’eau vive. Devenons ce que nous sommes ; vivons comme il convient à des saints, "comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtons des sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité, de réconciliation" (Col. 3, 12). Comme aime à le redire le Pape Paul VI, "la sainteté qui nous est demandée n’est pas celle des "miracles", mais celle de la bonne et ferme volonté qui, dans toutes les circonstances de la vie commune, cherche avec droiture et logique à faire la volonté de Dieu. C’est cette sainteté, cette intégrité du caractère chrétien qui rend le message de l’Église crédible dans notre monde. L’Église sainte a besoin de saints. Le programme de la vie chrétienne, la fidélité à l’Évangile et à l’Église de Jésus-Christ n’admettent pas la médiocrité. Il faut être saints... Pour Dieu, tout est possible !". Mère Marie-Eugénie Milleret nous rassemble et nous entraîne dans la louange de Dieu. Sa vie - en Dieu - est tout "Amen" et "Alléluia", dans une joie, une allégresse perpétuelle. Louange à Dieu là-haut ; louange à Dieu ici. Ici, dans le souci ; là-haut, dans l’assurance .Ici dans l’espérance ; là-haut dans le face-à-face. Ici, c’est l’Alléluia de la route ; là-haut, celui de la patrie. Dans l’Alléluia des saints, glissons notre Alléluia de pèlerins... Comme chante le voyageur, sans s’égarer, sans reculer, sans piétiner sur place, sans regarder en arrière..., solidaire d’une Église qui sera toujours le grain de sénevé, le sel de la terre, la lumière du monde... tant qu’il y aura des saints ! Alléluia ! Amen ! Après ces paroles si denses et si profondes, il n’y
a plus rien à ajouter, mais seulement à laisser fructifier
dans le coeur de chacun le message reçu... Le meneur peut conclure
la soirée : Debout, les bras tendus, l’assemblée chante le Pater en latin. Puis l’on termine par une dernière prière, que John Littleton fait chanter avec ferveur : Refrain : Prends dans tes mains mon esprit, Seigneur,
Jusqu’à demain, je dormirai. Tandis que la foule s’ébranle, les tambours rwandais résonnent : action de grâce pour aujourd’hui et prélude de l’allégresse du lendemain ! |
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