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Compte-rendu d’Olivier Le Gendre

Envoyé par Soeur Cristina en Thaïlande pour évaluer comment soutenir le projet d’aide auprès des responsables de l’Orphelinat de Pattaya, en Thaïlande, voici le compte-rendu d’Olivier Le Gendre

La Thaïlande, justement dénommée le Pays du Sourire, pleure deux semaines après la vague meurtrière. Au nom d’Assomption Solidarité, j’arrive à Phuket pour m’assurer que les fonds que nous avons collectés et que nous allons encore recevoir seront employés au mieux pour venir en aide aux victimes.

- Des dégâts plus importants
La situation est pire que celle montrée par les télévisions : celles-ci ont été pudiques dans leurs images. Certains lieux sont dévastés, d’autres, tout proches, épargnés.
La côte ouest de Phuket a été la plus touchée avec des endroits où les ravages se voient sur cent mètres au-delà du rivage, tandis que certains petits villages comme Kamala sont ravagés sur un kilomètre de profondeur.
Après une journée à Phuket, départ vers Kao Lak, au nord de l’île, sur la péninsule. Très peu d’Européens y sont encore. De nombreux blessés thaïs à l’hôpital que je visite, certains très hébétés. Quand on essaie de parler avec eux, ils répètent sans discontinuer trois ou quatre phrases semblables. Beaucoup de membres cassés, de traumatismes crâniens, des amputations aussi.
Des parents se réfugient dans le déni en prétendant que leur fi ls est sûrement réfugié dans la colline et qu’il va bientôt revenir...
Le temple de Yan Yao est interdit, sauf aux familles qui recherchent un disparu. C’est là en effet que les morts de la province de Phang-Gna sont rassemblés : plus de cinq mille corps attendent d’y être identifiés. Ce qui fait que le nombre total des morts est bien supérieur à celui annoncé. On ne saura d’ailleurs sans doute jamais le nombre défi nitif des victimes  : il s’accroît chaque jour.
Je tente ensuite d’aller à PP (diminutif local de Ko Phi Phi, à l’est de Phuket), île hier paradisiaque où j’ai séjourné il y a quelques mois, mais le bateau loué se fait refouler près des côtes par la police : l’île est interdite tant que tous les corps n’auront pas été récupérés et évacués. Je constate que la mer en rejette encore.

- Comme la Mer Rouge sur Pharaon
Ko Phi Phi est une île sans grand relief. Le tsunami l’a frappée de deux rives opposées en même temps : deux vagues de douze mètres de haut qui se fracassent l’une contre l’autre au milieu de l’île, explosent en hauteur et retombent en masse terrifi ante sur le sol. Cela ressemble de très près à ce que l’on suppose être le phénomène de la Mer Rouge se refermant sur les chars de Pharaon.
Il semble qu’il n’y ait plus rien ou presque plus rien des installations de l’île. On dit que deux tiers des habitants ont trouvé la mort. Sans doute plus si j’en crois des récits que j’entends de personnes que je rencontrerai plus tard.
En Thaïlande, les dégâts d’ordre touristique sont très importants, ils touchent les chaînes hôtelières (qui feront ce qu’elles voudront pour réparer ou rebâtir), mais aussi tous les petits commerces thaïs de bord de mer autour de ces grands hôtels (installations de plage, restaurants, petites boutiques de vêtements...). Certains de ces commerces seront en grosse diffi culté si les banques ou l’Etat ne s’impliquent pas, mais il est trop tôt pour le savoir. Ce qui est sûr c’est que le tissu économique de ici est gravement atteint car même là ou il n’y a pas de dégât, les touristes ont fui. Il faut que les touristes reviennent en Thaïlande. Absolument.

- Des enfants en danger

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Tous les enfants dont on ne retrouve pas les parents semblent, aux dires officiels, avoir été évacués. Les déclarations gouvernementales ont pour but de décourager les tentatives d’enlèvement. On dénombre offi ciellement trois cents orphelins, mais cinq jours plus tard, le chiffre semble largement dépassé. Certains prétendent que le chiffre de trois mille pourrait être atteint.
Je pars pour Pattaya où j’ai rendez-vous avec les Rédemptoristes qui ont fondé il y a trente ans un orphelinat. J’y découvre que la Thaïlande est un pays où de nombreux enfants sont en danger. Orphelins réels, enfant handicapés abandonnés par leurs parents, enfants des rues qui se prostituent pour un peu de nourriture, de bière, de colle à sniffer.

Je passe du temps à jouer avec les enfants, des aveugles, des poly-handicapés, des sourds,

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des amputés à la suite d’accidents. Pour certains bouddhistes, un handicap de naissance signifie que les parents ont mal agi : leur enfant leur portera malchance. Dans une vie antérieure, l’enfant ainsi atteint est supposé avoir eu une mauvaise conduite : il faut l’éloigner.
Beaucoup de sourires et de rires : les enfants ici sont accueillis, éduqués, enseignés, conduits vers un travail. Rejetés auparavant, ils découvrent qu’ils ont une importance. Moments où les pleurs cèdent la place aux sourires, ce fameux sourire des Thaïlandais.
Les premiers orphelins vont arriver chez les Rédemptoristes d’ici quelques semaines. Le gouvernement a demandé à l’Orphelinat d’en recevoir un grand nombre dès que leur statut sera établi, ainsi que des jeunes handicapés.
Nous allons proposer de prendre en charge une partie des frais d’hébergement et d’éducation de ces enfants. Nous allons tenter de redonner le sourire à certains de ces enfants qui l’ont perdu le jour où

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la vague a emporté leur existence.
Moments de vérité avec les enfants, mais moment de vérité aussi confié par un Thaï : « auparavant nous pensions qu’un Occidental était un riche qui passait ses vacances dans une chaise longue, buvait de la bière, parlait fort et de haut, ne faisait aucun effort pour nous connaître. Et puis nous avons découvert que c’était aussi quelqu’un qui était blessé ou mort, qui pleurait, cherchait un enfant perdu, comme nous... »

Comme s’il fallait que la douleur survienne pour que, malgré les différences culturelles et économiques, deux humanités puissent se découvrir. Comme s’il fallait avoir pleuré ensemble pour que la rencontre se fasse.

Olivier Le Gendre
Président de Assomption Solidarité

 

12/01/2005
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