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5e dimanche de Carême

Seigneur donne-nous cette grâce de compassion devant ceux qu’un deuil affecte, la grâce d’unir nos larmes aux leurs. Donne-nous aussi le courage de donner un sens à nos vies, qui ne soit pas fonder sur le rêve d’éviter la mort et les limites, mais sur la foi en la résurrection. Et puis que nos engagement quotidiens soient un combat pour que la vie triomphe sur la mort, l’amour sur tout ce qui est déhumanisant.

- Le mot d’explication :

L’histoire de Lazare raconte le septième signe accompli par Jésus dans l’Evangile de Jean ; c’est le dernier mot de la révélation de Jésus au monde. En même temps, la mort et la résurrection de Lazare annoncent celles de Jésus. Il s’agit donc d’un texte charnière.
La mort de Lazare n’est pas racontée, tandis que sa résurrection l’est. En revanche, la mort de Jésus sera racontée longuement, mais non sa résurrection. Le signe opéré par Jésus ouvre à ce qui s’accomplira en Lui, sa propre résurrection, qui, elle, reste inénarrable. Celui qui peut dire : je suis la résurrection et la vie va lui-aussi faire l’expérience de la mort, donner sa vie pour la recevoir du Père et en faire don aux hommes.

- Méditation :

Jésus vient de tenir un long discours, dans lequel il se révèle le bon pasteur et déclare être venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante. La signe qu’il accomplit en donnant la vie à Lazare manifeste qu’il a réellement pouvoir sur la mort. L’épisode mêle intrigue de résolution : on passe de la maladie et la mort de Lazare à sa résurrection, et intrigue de révélation sur l’identité de Jésus : il n’est pas un Messie immortel, même s’il s’appelle résurrection et vie.
Le récit de résurrection de Lazare n’est pas une exception dans la Bible : Elie rend la vie au fils de la veuve de Sarepta (1 R 17, 17-24), Elisée, au fils de la Shunamite (2 R 4, 18-37), Pierre à Tabitha (Ac 9, 36-42) et Paul à Eutyque (Ac, 20, 9ss). Mais dans le récit de saint Jean, Lazare est dans la tombe depuis quatre jours, les signes de la mort sont bien présents et c’est la parole de Jésus qui le fait sortir du tombeau.
Jésus est bien le personnage principal de cette histoire, celui qui est en relation avec tous les protagonistes, qui fait progresser les événements. D’abord en donnant aux disciples une interprétation du sens de la maladie de Lazare et en retardant son arrivée à Béthanie, ensuite par le dialogue qu’il instaure avec Marthe, suivi par son attitude de compassion vis-à-vis de ceux qui sont endeuillés. Enfin, ses paroles devant le tombeau permettront la résurrection de Lazare. Mais le récit ne termine pas sur cette bonne nouvelle, il s’ouvre sur un autre événement, que le découpage de la liturgie ne mentionne pas : la mort de Jésus que les grands prêtres et les pharisiens complotent.
Dans sa prière devant le tombeau Jésus révèle la présence de quelqu’un d’autre : le Père, dont il est l’envoyé, avec lequel il se révèle être en profonde intimité et communion. La vie qui appartient au Père est remise au Fils qui peut la donner. Ce dernier ne demande pas la résurrection de Lazare mais le remercie de l’avoir écouté. On découvre ainsi que Jésus est plus qu’un prophète et qu’il est vraiment Seigneur.
Celui qui peut dire je suis la résurrection et la vie va cependant faire l’expérience fondamentale et ultime qui unit tous les membres de l’humanité : la mort. Il a assumé la condition humaine dans toutes ses dimensions, jusqu’au bout. Il s’ensuit que la résurrection n’est pas équivalente à l’immortalité et que vivre n’est pas identique à ne pas mourir. C’est quelque chose que la mort ne peut détruire, même quand elle l’atteint. Mourant sur la croix, Jésus n’est pas la résurrection parce qu’il s’approprie la vie mais parce qu’il la donne et la reçoit du Père. Elle peut dès lors être un don pour tous...
Si la mort est pleinement assumée par Jésus ce n’est pas pour en faire l’éloge. Dans ce récit, la réalité douloureuse de la mort est présente à travers le deuil et les larmes. La certitude de la résurrection n’empêche pas les expressions de la peine ressentie. Jésus lui-même se joint au deuil des proches de Lazare et en est troublé. Jésus affronte la mort, celle de Lazare et la sienne, tout en les dénonçant.

- Seigneur donne-nous cette grâce de compassion devant ceux qu’un deuil affecte, la grâce d’unir nos larmes aux leurs. Donne-nous aussi le courage de donner un sens à nos vies, qui ne soit pas fonder sur le rêve d’éviter la mort et les limites, mais sur la foi en la résurrection. Et puis que nos engagement quotidiens soient un combat pour que la vie triomphe sur la mort, l’amour sur tout ce qui est déshumanisant.

© Sr Sophie Ramond, r.a.

05/03/2008
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