Une journée de pèlerinage sur la pas de Marie-Eugénie de Jésus dans Paris, amis et soeurs de l’Assomption.
Au terme de cette journée la messe à Auteuil avec Mgr André Vingt-Trois, Archevêque de Paris. Voici le texte de son homélie.
| Sans doute, si nous réfléchissons quelques instants sur les
premiers moments de votre congrégation, comme nous y sommes invités par
cet anniversaire, il y a beaucoup de choses qui pourraient être retenues
et dites. Mais il faut bien choisir puisque nous n’allons pas passer toute
la soirée à évoquer la fondation, donc je vous propose au moins de retenir
quelques accents qui me paraissent particulièrement significatifs. |
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- Le premier, auquel beaucoup ne songent pas puisque les photographies
de Mère Marie Eugénie sont forcément des photographies de son âge avancé,
c’est que quand elle a fondé l’Assomption, elle n’avait pas 80 ans ! C’était
une toute jeune fille, une toute jeune femme ; on pourrait dire socialement
émancipée par les malheurs de la vie, mais cependant très jeune.
Le moment de sa conversion est un moment où elle est très jeune ; et c’est
à ce moment là non seulement qu’elle entend la Parole de Dieu, qu’elle
répond à cette Parole, qu’elle convertit son existence mais surtout qu’elle
fait le choix de suivre le Christ en tout et de toute façon dans sa vie.
Choix déterminant qui se réalisera un peu plus tard par la création de
la congrégation mais choix décisif parce qu’il va être l’un des fondements
sur lequel va s’appuyer toute sa vie, toute son oeuvre qui est la Foi
au Christ Ressuscité, la Foi au Christ présent dans l’Eucharistie, la
Foi au Christ Parole du Père adressée aux hommes et que c’est dans la
communion intime à ce Christ découvert, re-découvert, choisi, re-choisi
que va s’élaborer non seulement le chemin de sainteté de Marie Eugénie
mais la fondation qui va peu à peu surgir des ses rencontres avec l’abbé
Combalot.
Relations tumultueuses mais fécondes, puisque à travers ce tumulte, Marie
Eugénie acquiert cette capacité qui va dominer toute sa vie de fondatrice.
C’est-à-dire à la fois sa disponibilité et son obéissance fondamentales
non seulement à Dieu mais encore à l’Église, et son extrême liberté dans
sa relation avec ses supérieurs religieux, ecclésiastiques, non seulement
l’Abbé Combalot mais les autres : diocèse de Paris et évidemment son grand
correspondant le père d’Alzon.
Une femme jeune dans une société
masculine, une femme convertie dans une société libérale plutôt voltairienne,
une femme de conviction dans une société d’apparence. C’est cette
femme jeune, convertie, de conviction qui va être l’instrument de cette
fondation.
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- Deuxième réflexion que me suggère la période de la fondation
: c’est à la fois l’esprit d’aventure, la pauvreté des moyens et l’obstination
dans le but. Toutes choses qui peuvent être discutables et discutées,
mais qu’on aurait tort de rejeter simplement pour la raison qu’elle était
jeune. Quelquefois il me surprend de me dire que dans certains cas, je
trouve que beaucoup de jeunes aujourd’hui n’ont plus l’esprit d’aventure.
En tout cas d’aventure pauvre : on veut bien courir des aventures pourvu
qu’elles soient couvertes par “Europe assistance”.
Ce n’est pas exactement le chemin dans lequel Marie Eugénie s’est engagée.
Elle s’est engagée dans un chemin de pauvreté. On peut même dire de dénuement,
au point que les gens raisonnables à qui elle devait s’en remettre, hésitaient
beaucoup à la laisser continuer dans de telles conditions, et probablement
encore ne savaient-ils pas tout. Un esprit d’aventure pour commencer avec
quelques filles, probablement certainement pas de la trempe de Marie Eugénie.
Mais c’est avec des pêcheurs que Jésus fait sa troupe et donc, toute fondation
dans l’Église suppose qu’on lance le filet large et qu’on ramasse tous
ce qui vient et après on trie. La vie trie.
Esprit d’aventure, esprit de pauvreté, même de dénuement, et à travers
cet esprit d’aventure, de pauvreté, je crois que c’est une autre manière
de reconnaître la Foi profonde. Car le seul sur qui s’appuie la fondation
cela ne va pas être évidemment Marie Eugénie, mais Jésus, le Christ.
Extrême liberté dans sa relation avec ses supérieurs, extrême liberté
par rapport à sa propre histoire, à sa culture, à son origine, à son environnement,
liberté acquise dans l’abandon total à la conduite du Christ.
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- Troisième chose qui me semble importante que l’on peut formuler
de différentes manières, c’est l’esprit missionnaire au sens large. C’est
à dire la volonté d’annoncer le Christ, d’éduquer dans le Christ, de faire
grandir l’humanité dans le Christ, d’aider les filles de ce temps si souvent
mal élevées - au sens propre du terme, c’est à dire élevées de manière
inconsidérée - de leur permettre de développer les capacités de leur intelligence,
les talents que le Seigneur avait mis en elles et la possibilité que leur
donnait leur rôle de mères de famille d’être des piliers de la conversion
des coeurs.
Cela fait une histoire, une aventure, et comme souvent dans les débuts
se mêlent les difficultés à surmonter, les méfiances à désarmer et les
signes providentiels inespérés. 166 ans après, il reste à en tirer des
leçons. Probablement la seule qui nous soit applicable, c’est l’enracinement
dans la Foi. Jeunes on ne peut pas tous être jeunes, avoir le caractère
et le tempérament de Marie Eugénie ne seraient pas forcément très facile
à vivre dans une communauté et donc il ne faut pas rêver de reconstituer
ces conditions.
Mais le chemin de la conversion, la résolution de remettre toute sa vie
dans le Christ, la disponibilité pour avancer en eau profonde, sans être
garanti et assuré du résultat, la confiance totale dans la personne de
Jésus, conviction que rien ne peut se faire de grand dans le domaine de
la vie chrétienne en dehors d’une vie contemplative, réelle, intense et
régulière.
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- Peut-être pouvons nous ainsi à travers cette histoire qui n’est pas
un conte de fée mais une histoire réelle, re-découvrir chacun à notre
manière comment le Christ est vraiment la Pierre Angulaire, non seulement
pour chacune de nos vies, Celui dont nous écoutons la voix, Celui que
nous connaissons, Celui qui nous donne la vie éternelle, Celui dont personne
ne pourra nous arracher à sa main, Celui qui est à la fois le Chemin,
la Vérité et la Vie, le but et le moyen, la lumière et l’énergie, la consolation
et la Joie.
Prions donc le Seigneur que nous apprenions jour après jour à lui laisser
cette place centrale dans notre existence Qu’Il soit vraiment la Pierre
Angulaire sur laquelle se construit l’oeuvre de l’Esprit en notre temps,
oeuvre à laquelle nous sommes appelés chacun à collaborer selon ce que
nous sommes et surtout selon la conscience que nous pouvons avoir de notre
pauvreté.
Amen.
Mgr André Vingt-Trois
Auteuil - 30 avril 2005
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