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30 avril 2005 : Homélie de Mgr Vingt-Trois

Une journée de pèlerinage sur la pas de Marie-Eugénie de Jésus dans Paris, amis et soeurs de l’Assomption.
Au terme de cette journée la messe à Auteuil avec Mgr André Vingt-Trois, Archevêque de Paris. Voici le texte de son homélie.

Sans doute, si nous réfléchissons quelques instants sur les premiers moments de votre congrégation, comme nous y sommes invités par cet anniversaire, il y a beaucoup de choses qui pourraient être retenues et dites. Mais il faut bien choisir puisque nous n’allons pas passer toute la soirée à évoquer la fondation, donc je vous propose au moins de retenir quelques accents qui me paraissent particulièrement significatifs.

 

Marie-Eugénie de Jésus à l'âge de 45 ans (Cliquer pour agrandir)

- Le premier, auquel beaucoup ne songent pas puisque les photographies de Mère Marie Eugénie sont forcément des photographies de son âge avancé, c’est que quand elle a fondé l’Assomption, elle n’avait pas 80 ans ! C’était une toute jeune fille, une toute jeune femme ; on pourrait dire socialement émancipée par les malheurs de la vie, mais cependant très jeune.
Le moment de sa conversion est un moment où elle est très jeune ; et c’est à ce moment là non seulement qu’elle entend la Parole de Dieu, qu’elle répond à cette Parole, qu’elle convertit son existence mais surtout qu’elle fait le choix de suivre le Christ en tout et de toute façon dans sa vie. Choix déterminant qui se réalisera un peu plus tard par la création de la congrégation mais choix décisif parce qu’il va être l’un des fondements sur lequel va s’appuyer toute sa vie, toute son oeuvre qui est la Foi au Christ Ressuscité, la Foi au Christ présent dans l’Eucharistie, la Foi au Christ Parole du Père adressée aux hommes et que c’est dans la communion intime à ce Christ découvert, re-découvert, choisi, re-choisi que va s’élaborer non seulement le chemin de sainteté de Marie Eugénie mais la fondation qui va peu à peu surgir des ses rencontres avec l’abbé Combalot.
Relations tumultueuses mais fécondes, puisque à travers ce tumulte, Marie Eugénie acquiert cette capacité qui va dominer toute sa vie de fondatrice. C’est-à-dire à la fois sa disponibilité et son obéissance fondamentales non seulement à Dieu mais encore à l’Église, et son extrême liberté dans sa relation avec ses supérieurs religieux, ecclésiastiques, non seulement l’Abbé Combalot mais les autres : diocèse de Paris et évidemment son grand correspondant le père d’Alzon.
Une femme jeune dans une société masculine, une femme convertie dans une société libérale plutôt voltairienne, une femme de conviction dans une société d’apparence. C’est cette femme jeune, convertie, de conviction qui va être l’instrument de cette fondation.

Mgr André Vingt-Trois (Cliquer pour agrandir)

- Deuxième réflexion que me suggère la période de la fondation  : c’est à la fois l’esprit d’aventure, la pauvreté des moyens et l’obstination dans le but. Toutes choses qui peuvent être discutables et discutées, mais qu’on aurait tort de rejeter simplement pour la raison qu’elle était jeune. Quelquefois il me surprend de me dire que dans certains cas, je trouve que beaucoup de jeunes aujourd’hui n’ont plus l’esprit d’aventure. En tout cas d’aventure pauvre : on veut bien courir des aventures pourvu qu’elles soient couvertes par “Europe assistance”.
Ce n’est pas exactement le chemin dans lequel Marie Eugénie s’est engagée. Elle s’est engagée dans un chemin de pauvreté. On peut même dire de dénuement, au point que les gens raisonnables à qui elle devait s’en remettre, hésitaient beaucoup à la laisser continuer dans de telles conditions, et probablement encore ne savaient-ils pas tout. Un esprit d’aventure pour commencer avec quelques filles, probablement certainement pas de la trempe de Marie Eugénie. Mais c’est avec des pêcheurs que Jésus fait sa troupe et donc, toute fondation dans l’Église suppose qu’on lance le filet large et qu’on ramasse tous ce qui vient et après on trie. La vie trie.
Esprit d’aventure, esprit de pauvreté, même de dénuement, et à travers cet esprit d’aventure, de pauvreté, je crois que c’est une autre manière de reconnaître la Foi profonde. Car le seul sur qui s’appuie la fondation cela ne va pas être évidemment Marie Eugénie, mais Jésus, le Christ.
Extrême liberté dans sa relation avec ses supérieurs, extrême liberté par rapport à sa propre histoire, à sa culture, à son origine, à son environnement, liberté acquise dans l’abandon total à la conduite du Christ.

Mgr André Vingt-Trois (Cliquer pour agrandir)

- Troisième chose qui me semble importante que l’on peut formuler de différentes manières, c’est l’esprit missionnaire au sens large. C’est à dire la volonté d’annoncer le Christ, d’éduquer dans le Christ, de faire grandir l’humanité dans le Christ, d’aider les filles de ce temps si souvent mal élevées - au sens propre du terme, c’est à dire élevées de manière inconsidérée - de leur permettre de développer les capacités de leur intelligence, les talents que le Seigneur avait mis en elles et la possibilité que leur donnait leur rôle de mères de famille d’être des piliers de la conversion des coeurs.
Cela fait une histoire, une aventure, et comme souvent dans les débuts se mêlent les difficultés à surmonter, les méfiances à désarmer et les signes providentiels inespérés. 166 ans après, il reste à en tirer des leçons. Probablement la seule qui nous soit applicable, c’est l’enracinement dans la Foi. Jeunes on ne peut pas tous être jeunes, avoir le caractère et le tempérament de Marie Eugénie ne seraient pas forcément très facile à vivre dans une communauté et donc il ne faut pas rêver de reconstituer ces conditions.
Mais le chemin de la conversion, la résolution de remettre toute sa vie dans le Christ, la disponibilité pour avancer en eau profonde, sans être garanti et assuré du résultat, la confiance totale dans la personne de Jésus, conviction que rien ne peut se faire de grand dans le domaine de la vie chrétienne en dehors d’une vie contemplative, réelle, intense et régulière.

- Peut-être pouvons nous ainsi à travers cette histoire qui n’est pas un conte de fée mais une histoire réelle, re-découvrir chacun à notre manière comment le Christ est vraiment la Pierre Angulaire, non seulement pour chacune de nos vies, Celui dont nous écoutons la voix, Celui que nous connaissons, Celui qui nous donne la vie éternelle, Celui dont personne ne pourra nous arracher à sa main, Celui qui est à la fois le Chemin, la Vérité et la Vie, le but et le moyen, la lumière et l’énergie, la consolation et la Joie.
Prions donc le Seigneur que nous apprenions jour après jour à lui laisser cette place centrale dans notre existence Qu’Il soit vraiment la Pierre Angulaire sur laquelle se construit l’oeuvre de l’Esprit en notre temps, oeuvre à laquelle nous sommes appelés chacun à collaborer selon ce que nous sommes et surtout selon la conscience que nous pouvons avoir de notre pauvreté.
Amen.

Mgr André Vingt-Trois
Auteuil - 30 avril 2005

05/05/2005
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