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17e dimanche du temps ordinaire
Voilà donc un récit où l’évangéliste, tout en rappelant discrètement le temps de l’Exode, superpose le temps de Jésus - le miracle accompli, et le temps de l’Eglise - la célébration eucharistique aujourd’hui. omme les contemporains de Jésus nous sommes provoqués à des questions et à des choix.
Jn 6,1-15 LA MULTIPLICATION DES PAINS
Voici un miracle que nous connaissons bien. Il est même le seul miracle de Jésus à être relaté par les quatre évangiles. Nos souvenirs se mêlent et nous faisons des quatre récits une "histoire bien connue". On sait la fin, la "happy end". Aucun suspense donc, et même on se demande pourquoi Jésus pose sa question à Philippe ("où pourrions-nous acheter du pain pour tant de monde ?") alors qu’il sait pertinemment ce qu’il va faire.
Comment ce texte peut-il être pour nous interpellation, Bonne Nouvelle ?
Commençons par le voir dans son contexte narratif en prenant un petit peu d’avance sur les dimanches qui viennent. Nous allons lire le chapitre 6 de Jn, un ensemble unifié par le thème du Pain. Jean nous propose, comme les synoptiques, les récits successifs de deux miracles de Jésus : la multiplication des pains et la marche sur les eaux, mais il les fait suivre aussitôt d’un long discours-débat où Jésus se déclare Pain de vie ou Pain vivant, suscitant chez ses interlocuteurs un choc qui entraîne une option décisive : le quitter, ce qui sera le choix de la majorité (v.66) ou le croire. Entre le début et la fin du chapitre 6, entre les évangiles du 17ème et du 21ème dimanche, un contraste fort : la grande foule qui suit Jésus aujourd’hui (v.2 et 5) et qui veut le faire roi (v.15) deviendra un petit groupe de disciples déconcertés mais fidèles, se ralliant à la confession de Foi de Pierre : "A qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu" (v.68-69) L’évangile de ce jour nous prépare et nous invite déjà à faire nôtre cette parole de Foi et donc à surmonter l’incompréhension, le désarroi et la désertion que va rencontrer la révélation de Jésus, Pain vivant donné par Dieu.
Regardons de plus près le texte d’aujourd’hui.
Quelques indices - la mention de la Pâque, de la montagne, de la nourriture miraculeuse et du "signe" évoquent d’emblée un arrière-fond chargé de sens : l’Exode. Nous savons que l’Exode fut le temps des hauts-faits de Dieu (en particulier le don de la manne au désert), ce fut le temps de la révélation décisive du Dieu d’Israël, mais aussi un temps d’épreuve pour la foi du peuple souvent tenté par le découragement et la révolte : Dieu peut-il donner du pain au désert ? Ici aussi nous avons une mise à l’épreuve (v.6) et un grand signe : avec cinq pains et deux poissons, apport dérisoire d’un jeune garçon, Jésus nourrit une foule considérable. Mais l’épreuve ne se réduit pas à la question posée à Philippe avant le miracle, elle se poursuit à la fin de notre texte : Jésus se dérobe au désir de la foule. Au moment où elle veut le faire roi il se retire... (v.15) Le miracle provoquerait-il donc un malentendu entre Jésus et la foule de ceux qui "viennent à lui" ? Le thème du malentendu se poursuivra au long du chapitre 6. Il culminera au moment de la révélation du don Eucharistique : "Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde" dit Jésus, mais les juifs discutent entre eux : "comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" (v .51-52) Si nous regardons de près notre texte nous y voyons déjà se profiler l’Eucharistie, avec le vocabulaire utilisé : Jésus "prit les pains" et "après avoir rendu grâce" les donna (v.11)
Voilà donc un récit où l’évangéliste, tout en rappelant discrètement le temps de l’Exode, superpose le temps de Jésus - le miracle accompli, et le temps de l’Eglise - la célébration eucharistique aujourd’hui. Comme les contemporains de Jésus nous sommes provoqués à des questions et à des choix. Sommes-nous de ceux qui viennent en foule vers Jésus ? Mais avec quel désir, quelles motivations ? Sommes-nous parmi les disciples, désemparés ("éprouvés") par l’ampleur de la tâche à accomplir et la faiblesse de leurs moyens ? Osons-nous donner nos "cinq pains" et nos "deux poissons" ? Acceptons-nous d’être déroutés par Jésus qui se dérobe à notre possessivité et à notre besoin de sécurité ? Sommes-nous prêts à accueillir le don qu’Il fait de Lui-même dans l’Eucharistie, don qui dépasse ce que nous pouvons imaginer ou comprendre ? Don qui nous invite à nous livrer avec Lui ?
Sr Bénédicte Rollin, ra
Vilnius - Province d’Europe du Nord
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