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::01 :: Prier sans cesse
(Pr. 1)
Pour avoir l’esprit d’oraison, il faut s’y appliquer d’une manière très particulière, se pénétrer du besoin que nous avons de “prier sans cesse 1 Th 5,17” comme dit saint Paul répétant le précepte de notre Seigneur. Cela paraît bien extraordinaire et comme impossible. Il faut dire aussi que tout travail fait dans l’intention d’accomplir la volonté de Dieu est une prière. Toute œuvre offerte à Dieu avec une intention pure, en étant convaincu de son impuissance propre, et où l’on recourt à Dieu pour qu’il nous aide, est une prière.
Il y a quelques paroles de notre Seigneur qu’il faut méditer de temps en temps pour arriver au véritable esprit d’oraison, en voici deux : “Sans moi vous ne pouvez rien faire Jn 15,5” et : “Si la branche n’est pas attachée au cep, elle ne produit rien, elle n’est bonne qu’à être coupée et jetée dans le feu”.
Nous ne pouvons rien de surnaturel par nos propres forces. C’est comme la branche qui est encore verte et vive, mais qui est séparée du cep : elle va à la mort et se dessèche peu à peu parce qu’elle ne reçoit plus la vie. Tandis que par la vie surnaturelle, par l’union à notre Seigneur, par la dépendance de lui, par les pensées et les sentiments puisés en lui, nous allons à la vie et nous faisons des œuvres bonnes et utiles.
C’est là le fondement de la vie d’oraison. En effet c’est une vie où continuellement on met le cap sur le ciel, où l’on se dépouille de plus en plus de tout ce qui est personnel et surtout de ce cher moi qui est si vivace en nous : “Oh ! Moi je suis ainsi, moi je sens comme cela. Moi, je fais comme ceci, etc ”.
Mais ne pas tenir compte de ce qui est de soi, l’oublier pour s’occuper de choses plus hautes et plus grandes, chercher en notre Seigneur la force, la lumière, l’amour : voilà la vie d’oraison. C’est donc chercher ce qu’il peut, ce qu’il veut nous donner, ses sentiments, ses pensées, ses paroles, sa conduite, ses exemples, sa sagesse, et puis, par la prière, tâcher de se les approprier. C’était certainement ce que faisait la très sainte Vierge pendant l’Avent. Elle possédait au plus intime d’elle-même notre Seigneur Jésus Christ. Elle vivait avec lui d’un amour admirable, avec une humilité parfaite.
Le plus petit degré de grâce, descendu dans une âme, vaut infiniment mieux que les plus grandes merveilles de la nature. Un seul élan du cœur vers notre Seigneur, une seule des grâces si abondantes que vous recevez tous les jours, un seul degré de la vie d’oraison est quelque chose d’infiniment plus précieux en nous que toutes les richesses du cœur, toutes les qualités d’une âme aussi douée qu’il vous plaira de l’imaginer, que toutes les perfections de toute espèce dans l’ordre de la nature.
Chacun, même le plus petit, sans grand don naturel, même s’il a des dispositions fort ordinaires, un courage médiocre, mais s’il est fidèle à la grâce, a une humble opinion de lui-même, se tient attaché à notre Seigneur, a soin d’être la branche de vigne plantée sur le cep et de lui rester uni, est plus grand, plus riche, plus élevé, plus rempli de lumières que ne le seraient les créatures les plus parfaites dans l’ordre de la nature.
Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
D’après une instruction de chapitre du 28 janvier 1875
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